Samedi 27 octobre 2007
attali01.jpgJ'ai toujours beaucoup apprécié Jacques Attali. Son intelligence brillante, la clarté de ses analyses, ses talents de visionnaire. Mais depuis qu'il a pris la tête d'une commission destinée à faire des propositions au Président de la République sur comment libérer la croissance, j'en viens à me demander s'il n'a pas été récemment victime d'un grave traumatisme crânien ou d'un accident vasculaire cérébral.

Conseiller spécial de François Mitterrand pendant je ne sais combien d'années (le seul apte selon Mitterrand à lui expliquer l'économie de façon simple), je ne l'accuserai pas personnellement d'avoir "retourné sa veste", car Jacques Attali n'a jamais été un homme politique. Je ne suis donc pas choqué qu'il travaille aujourd'hui pour le compte de Nicolas Sarkozy.

Là où le bât blesse, c'est quand je constate quelles sont les premières propositions émises par la commission qu'il dirige.

Dans un premier rapport d'étape publié le 15 octobre dernier, cette commission préconisait quelques mesures particulièrement choquantes et par ailleurs controversées:

- revenir sur le principe de précaution (passé sous silence sur le site gouvernemental ci-dessus référencé, et d'après ce que j'ai pu lire ça et là, censuré du texte initial), pourtant récemment inscrit dans la constitution française, au risque d'être en formelle contradiction avec la notion de développement durable,

- renforcer la concurrence par une autorité indépendante et unique, l'Autorité de la concurrence, et permettre aux petits détaillants la revente à perte.

Même si certaines autres mesures préconisées, tel le paiement à date pour les grands distributeurs à l'égard des PME (combien de PME "coulent" financièrement du fait de problèmes de trésorerie dus à des conditions de paiement à 90 jours?) me semblent particulièrement judicieuses, ce dernier principe de renforcement de la concurrence afin d'augmenter le pouvoir d'achat me fait m'interroger sur l'indépendance politique de la commission Attali. Ne soyons pas naïfs, je ne suis pas un spécialiste en macro-économie - loin de là -, mais je pense que ce n'est pas par l'augmentation du pouvoir d'achat que l'on améliorera la croissance française de façon significative. Elle est liée pour beaucoup à des facteurs exogènes, même si de nombreux "politiciens" ont toujours essayé de nous faire croire que lorsqu'il y avait bonne croissance, c'était du fait de leur simple action...

Derrière cette idée de vouloir augmenter le pouvoir d'achat, je vois personnellement - mais peut-être ai-je l'esprit mal tourné -, une mesure destinée à limiter l'impact sur les prix d'une prochaine TVA sociale, qui sera probablement instaurée par le gouvernement après les prochaines élections municipales. Eh oui, "la France est en faillite" comme l'a récemment déclaré François Fillon... Il faudra bien trouver de l'argent quelque part, et ce n'est pas en ayant entériné le désormais trop célèbre paquet fiscal qu'on le trouvera.

Je m'étonne par ailleurs de constater que dans ce rapport figurent des propositions qui n'ont de sens que celui qu'on veut bien leur donner. Il en va ainsi de l'assertion "Dynamiser massivement le commerce de détail fragilisé par la concurrence, surtout en zone rurale". Une fois de plus, le slogan est beau et encourageant, mais quelles mesures concrètes peut-on lui adjoindre?!

Cerise sur le gâteau, selon des informations rapportées par le journal Les échos et répercutées ici sur le site du Nouvel Observateur, la commission Attali préconiserait d'étendre les motifs de licenciements à l'amélioration de la compétitivité et de la productivité. Certes, quitte à me dévoiler sous un jour cynique, je dois bien avouer que cette mesure permettrait sans doute d'éviter certains suicides comme il a pu s'en produire dans le secteur de l'industrie automobile notamment. Mais au-delà du cynisme apparent, je crois que nous nous devons tous de nous poser la question: vers quel type de société nous dirigeons-nous?

Très franchement Monsieur Attali, je dois bien reconnaître qu'actuellement vous me décevez.

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Jeudi 18 octobre 2007
On y est. Les premiers mouvements sociaux ont commencé dans le pays. En cause, la réforme des régimes spéciaux de retraites. Le mouvement de contestation a apparemment plus d'ampleur que celui de 1995 qui avait sonné le glas d'Alain Juppé.

Comme d'habitude, c'est la région parisienne qui est la plus touchée. Quand SNCF et RATP rugissent de concert... Et tout cela pour quoi? Pour défendre une inégalité frappante en matière de durée de cotisation, pour conserver des privilèges que n'ont plus ni les employés du secteur public, ni ceux du secteur privé. La France du chacun pour soi, tel pourrait être le slogan des manifestants.

Les syndicats ont une fois de plus choisi d'appliquer la solution la plus radicale qui soit: le blocage, pénalisant ainsi nombre d'entreprises dont les employés ne pourront se rendre à leur travail. Et peut-être que demain ils vont remettre le couvert...

Brusquement, j'ai honte de mon pays. Brusquement, j'ai envie de voir un service minimum instauré dans les transports en commun, car si l'on veut faire face aux défis écologiques qui nous attendent, il faudra bien en passer par là. La preuve nous en est donnée aujourd'hui.

Je ne peux que donner tort à ces grévistes qui se mobilisent pour défendre leurs privilèges personnels, mais qui en revanche ne se mobilisent pas pour d'autres réformes autrement plus choquantes menées par le gouvernement, et ce même si on aurait pu préférer voir la mise en oeuvre d'un régime de retraites à la carte, fonctionnant par points. L'égoïsme a décidément encore de beaux jours devant lui.
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Jeudi 11 octobre 2007
En lisant la presse sur Internet, un article trouvé sur le site du quotidien Le Figaro m'a fait sursauter. Celui-ci s'intitule Grève des transports: les Vélib' risquent de dérailler.

On y apprend qu'une grève des transports en commun est prévue le 18 octobre prochain pour la défense des régimes spéciaux de retraites. Jusque là, il n'y a guère de surprise. Tous ceux qui ont habité en région parisienne savent que ces journées de grève sont particulièrement pénibles à vivre, à la limite du supportable même, si d'aventure la pluie est au rendez-vous. Ces journées de grève ne sont guère une nouveauté non plus. N'est-ce pas pour cette raison que l'on parle de l'instauration d'un service minimum dans les transports en commun?

Alors, quel peut bien être le rapport avec les Vélib'? Selon Le Figaro, "les vélos en libre service parisiens risquent fort d’être pris d’assaut par les usagers. D’autant plus que ni la mairie de Paris, ni JC Decaux, n’ont prévu de s’organiser."

J'en déduis donc, mais peut-être ai-je l'esprit mal tourné, que si le 18 octobre il doit y avoir embouteillages et blocages en tous genres dans la capitale, ce sera en partie la faute aux Velib' de B. Delanoë et de JC. Decaux... Mais de qui se moque t-on franchement?

Décidément, le quotidien Le Figaro n'a pas fini de m'étonner. Qu'il s'engage déjà dans la campagne des municipales parisiennes ne me surprend guère. Mais avec d'aussi grosses ficelles...
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Vendredi 21 septembre 2007
Hier matin, vers 4h20, le projet de loi sur l'immigration qui prévoit un durcissement des conditions requises pour le regroupement familial a été adopté par l'Assemblée Nationale, en présence de 23 députés seulement.

Le texte final comprend le très controversé amendement Mariani, qui stipule qu'en l'absence d'Etat-Civil, les candidats au regroupement familial pourront établir la filiation d'un enfant avec un des deux parents grâce à un test ADN, à leurs frais (remboursé par l'Etat si le visa est accordé). Cet amendement provoque de vives réactions, dont on peut saluer le caractère humaniste. Il en va ainsi de la pétition lancée par l'association "Sauvons la recherche", qu'on peut trouver à l'adresse suivante: tmp.sauvonslarecherche.fr/spip.php

A l'heure où j'écris ce billet, cette pétition intitulée "Non au contrôle génétique de l'immigration" a déjà reçu 11417 signatures.

Il en va également ainsi d'initiatives personnelles lancées pour alerter les sénateurs, qui seront bientôt saisis de ce texte. Certains dénoncent le risque de "fichage génétique". Je ne peux leur donner tort, mais je voudrais néanmoins rappeler que le fichage génétique existe depuis 2003 dans notre pays, dans le cadre de saisines judiciaires, et qu'il concerne pas moins de 137 crimes ou délits. Là où à mon sens, le seul fichage génétique ne devrait concerner que les délinquants sexuels, n'importe qui, pour une infraction pénale mineure, peut voir figurer son ADN dans un fichier génétique. Et à mon sens là réside un véritable scandale.

Je ne voudrais pas non plus que l'amendement Mariani masque un élément qui me semble peut-être plus désolant encore, et qui figure dans le projet de loi sur l'immigration: ainsi selon le quotidien le Monde,
un test d'"évaluation de connaissance de la langue et des valeurs de la République" sera mis en place dans le pays d'origine, selon ce premier texte de Brice Hortefeux, ministre de l'immigration et de l'identité nationale. Il concerne tout individu de moins de 65 ans, y compris les conjoints, pour lequel "le regroupement familial est sollicité". Si le "test" est négatif, "l'autorité administrative organise une formation à l'issue de laquelle une nouvelle évaluation a lieu"

A mon sens, dans cette mesure - certes déjà prévue dans le programme présidentiel de N. Sarkozy -, repose un scandale peut-être plus dommageable encore que l'amendement Mariani qui fait tant parler de lui. En effet, chacun sait que la langue française est loin d'être une des langues dont l'apprentissage est le plus facile. Chacun sait également que l'apprentissage d'une langue est infiniment plus facile lorsqu'on se trouve in situ. Enfin, sur le plan de l'équité, concernant en particulier les immigrés venant d'Afrique, cette mesure ne peut être que discriminatoire, car favorisant automatiquement l'immigration en provenance de pays francophones.

Je suis personnellement d'avis que pour qu'une intégration soit réussie, il est impératif que l'immigrant apprenne la langue du pays qui l'accueille, sous peine de voir se former des communautés. Mais il me semble qu'il aurait été beaucoup plus judicieux de procéder à cet apprentissage sur le territoire français, avec à la clé un contrôle effectif de la connaissance de la langue (le minimum pour pouvoir se débrouiller de façon autonome en France), au bout de 1 à 2 ans de présence sur le sol français. Et qu'on n'aille pas me dire que cette idée est utopique, qu'on n'aille pas me parler de reconduite aux frontières pour le cas où cet "examen" linguistique serait raté. Hors reconduite aux frontières - qui ne pourrait constituer qu'un dernier recours -, on peut trouver à coup sûr des mesures incitatives et/ou pénalisantes visant à encourager fortement l'apprentissage du Français.

Bref, que l'arbre ne cache pas la forêt. Que l'amendement Mariani ne soit pas un écran de fumée masquant un problème de fond à mon sens au moins sinon plus important. Car si tout le monde est recalé aux tests linguistiques, alors il n'y aura plus besoin d'avoir recours à des tests ADN.

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Mardi 11 septembre 2007
Je ne m'intéresse guère au rugby. Pas plus qu'au foot d'ailleurs, hormis lorsque la France arrive en finale de la coupe du monde. Pour tout dire, mon sport préféré est le cyclisme, qui bien plus qu'un sport fait la promotion d'un mode de transport digne des défis écologiques du XXIème siècle. Avec le vélo, plus de dioxyde de carbone, un moyen de locomotion à la portée de tous, et suffisamment rapide si l'on suit un programme physique et pharmaceutique bien adapté, comme il l'est démontré chaque année lors du Tour de France.

Peu importe le vélo, je voudrais parler aujourd'hui de rugby et de politique. Je n'ai pas suivi le premier match de l'équipe de France lors de l'actuelle coupe du monde organisée sur notre sol. J'ai simplement lu la déception dans les journaux: la France, l'une des équipes favorites, battue par l'Argentine. Peu importe: comme ne l'a jamais dit Pierre de Coubertin (encore une idée reçue), en sport, "l'important c'est de participer". Mais ce qui a le plus attiré mon attention, voire m'a littéralement sidéré, c'est de constater qu'avant le début du match, lecture avait été faite à l'équipe de France de la Lettre de Guy Môquet.

Cette lettre est émouvante, les derniers mots d'adieu d'un jeune résistant de 17 ans, mort pour avoir eu le courage de s'opposer à la barbarie nazie. Elle est emblématique aussi, car elle restera toujours gravée dans les mémoires comme étant représentative de la toute première décision prise par notre Président de la République: en rendre obligatoire sa lecture dans tous les lycées de France. Et c'est l'une des raisons qui me gênent lorsque cette lettre est lue juste avant le début d'un match de rugby. Bien sûr, on sait tous que Bernard Laporte, l'entraîneur actuel de l'équipe de France de rugby, va rejoindre le gouvernement sitôt la coupe du monde terminée. On sait tous aussi que N. Sarkozy est omni-présent dans les médias, au point qu'une association appelle pour le 30 novembre prochain à une journée de "pause médiatique". Son omni-présence doit-elle se manifester jusque dans l'enceinte des stades?

Certains pourraient me rétorquer que je suis de mauvaise foi, qu'il est juste de rabâcher sans cesse la lettre de Guy Môquet. Encore une fois, je tiens à préciser que j'apprécie cette lettre et que j'admire le courage de ce garçon, tout comme j'ai particulièrement apprécié la lecture par le passé d'un témoignage qui à mon sens est plus émouvant encore: Le journal d'Anne Frank. Mais je ne voudrais pas par ailleurs que sous couvert de la non volonté d'une quelconque repentance, on en vienne à oublier la réalité de notre Histoire. S'il y a eu des Guy Môquet, des Jean Moulin, il y a aussi eu le Régime de Vichy, une police française prompte à collaborer avec la Gestapo et qui aura contribué à la déportation de milliers de Juifs durant la seconde guerre mondiale.

La France ne doit pas se sentir en continuelle repentance et se complaire dans une attitude d'auto-flagellation. En revanche, il me paraît indispensable de lire notre Histoire de façon objective. Car pour bâtir l'avenir, il est nécessaire de savoir tirer les leçons du passé. Je crains qu'un "bourrage de crâne" qui ne consisterait qu'à mettre en exergue les éléments glorieux de notre passé, ou de rappeler la première décision symbolique prise par notre actuel Président de la République, n'aille pas dans le sens de la progression de l'esprit critique de nos concitoyens.
 
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L'esprit démocrate

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Profil

  • : JF le démocrate
  • : Normandie
  • : Ingénieur en aéronautique, CV disponible sur demande. Centres d'intérêts très variés, dont la politique: sur ce point, je me définis en tant qu'adhérent "exigeant" au Mouvement Démocrate.

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