J'ai toujours beaucoup apprécié
Jacques Attali. Son intelligence brillante, la clarté de ses analyses, ses talents de visionnaire. Mais depuis qu'il a
pris la tête d'une commission destinée à faire des propositions au Président de la République sur comment libérer la
croissance, j'en viens à me demander s'il n'a pas été récemment victime d'un grave traumatisme crânien ou d'un accident vasculaire cérébral.Conseiller spécial de François Mitterrand pendant je ne sais combien d'années (le seul apte selon Mitterrand à lui expliquer l'économie de façon simple), je ne l'accuserai pas personnellement d'avoir "retourné sa veste", car Jacques Attali n'a jamais été un homme politique. Je ne suis donc pas choqué qu'il travaille aujourd'hui pour le compte de Nicolas Sarkozy.
Là où le bât blesse, c'est quand je constate quelles sont les premières propositions émises par la commission qu'il dirige.
Dans un premier rapport d'étape publié le 15 octobre dernier, cette commission préconisait quelques mesures particulièrement choquantes et par ailleurs controversées:
- revenir sur le principe de précaution (passé sous silence sur le site gouvernemental ci-dessus référencé, et d'après ce que j'ai pu lire ça et là, censuré du texte initial), pourtant récemment inscrit dans la constitution française, au risque d'être en formelle contradiction avec la notion de développement durable,
- renforcer la concurrence par une autorité indépendante et unique, l'Autorité de la concurrence, et permettre aux petits détaillants la revente à perte.
Même si certaines autres mesures préconisées, tel le paiement à date pour les grands distributeurs à l'égard des PME (combien de PME "coulent" financièrement du fait de problèmes de trésorerie dus à des conditions de paiement à 90 jours?) me semblent particulièrement judicieuses, ce dernier principe de renforcement de la concurrence afin d'augmenter le pouvoir d'achat me fait m'interroger sur l'indépendance politique de la commission Attali. Ne soyons pas naïfs, je ne suis pas un spécialiste en macro-économie - loin de là -, mais je pense que ce n'est pas par l'augmentation du pouvoir d'achat que l'on améliorera la croissance française de façon significative. Elle est liée pour beaucoup à des facteurs exogènes, même si de nombreux "politiciens" ont toujours essayé de nous faire croire que lorsqu'il y avait bonne croissance, c'était du fait de leur simple action...
Derrière cette idée de vouloir augmenter le pouvoir d'achat, je vois personnellement - mais peut-être ai-je l'esprit mal tourné -, une mesure destinée à limiter l'impact sur les prix d'une prochaine TVA sociale, qui sera probablement instaurée par le gouvernement après les prochaines élections municipales. Eh oui, "la France est en faillite" comme l'a récemment déclaré François Fillon... Il faudra bien trouver de l'argent quelque part, et ce n'est pas en ayant entériné le désormais trop célèbre paquet fiscal qu'on le trouvera.
Je m'étonne par ailleurs de constater que dans ce rapport figurent des propositions qui n'ont de sens que celui qu'on veut bien leur donner. Il en va ainsi de l'assertion "Dynamiser massivement le commerce de détail fragilisé par la concurrence, surtout en zone rurale". Une fois de plus, le slogan est beau et encourageant, mais quelles mesures concrètes peut-on lui adjoindre?!
Cerise sur le gâteau, selon des informations rapportées par le journal Les échos et répercutées ici sur le site du Nouvel Observateur, la commission Attali préconiserait d'étendre les motifs de licenciements à l'amélioration de la compétitivité et de la productivité. Certes, quitte à me dévoiler sous un jour cynique, je dois bien avouer que cette mesure permettrait sans doute d'éviter certains suicides comme il a pu s'en produire dans le secteur de l'industrie automobile notamment. Mais au-delà du cynisme apparent, je crois que nous nous devons tous de nous poser la question: vers quel type de société nous dirigeons-nous?
Très franchement Monsieur Attali, je dois bien reconnaître qu'actuellement vous me décevez.




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