J'ai personnellement la conviction que depuis quelques mois le paysage politique français a subi et est toujours en train de subir les effets de deux séismes politiques de niveau XII sur l'échelle MSK. Ces deux séismes sont à mettre au compte de deux hommes: Nicolas Sarkozy et François Bayrou.
Avant de voir quel a été le rôle de ces deux hommes, rappelons-nous quel était le paysage politique début 2007:
- une extrême-droite, potentiellement forte, qui pouvait légitimement espérer faire au moins 15% aux présidentielles,
- une UMP un peu moribonde, car "plombée" par l'usure du pouvoir,
- une UDF, qui sous la houlette de François Bayrou avait pris une certaine indépendance par rapport au gouvernement, mais qui électoralement ne dépassait guère 5 à 6% dans les sondages,
- un parti socialiste, qui s'il avait eu un projet politique digne de ce nom plutôt que de s'enfoncer dans une guerre des "éléphants" était donné favori pour les présidentielles,
- enfin des verts et une extrême gauche en très nette perte de vitesse, hors performance médiatique d'un Olivier Besancenot qui pouvait parvenir à cristalliser sur sa personne le vote contestataire de gauche.
Ce paysage, on le connaissait depuis longtemps, le poids de chaque parti dans la vie politique évoluant lentement au cours du temps. Et puis il y a eu ces deux séismes...
1er séisme: François Bayrou
Du fait d'un programme présidentiel équilibré, de la
dénonciation des collusions entre mondes politique, industriel et médiatique, et plus spécifiquement par la mise en évidence du caractère purement artificiel de la bipolarisation de la vie
politique française, l'homme a su convaincre sans doute bien au-delà de ses espérances initiales. Dépassant les 18% lors des dernières élections présidentielles, créant la surprise dans
l'entre-deux tours en affirmant qu'il ne voterait pas pour le candidat UMP, annonçant la création d'un nouveau mouvement politique complètement indépendant, capable de travailler aussi bien avec la
gauche qu'avec la droite, il est très probablement le principal initiateur du bouleversement du paysage politique français.2ème séisme: Nicolas Sarkozy
La campagne présidentielle de Nicolas
Sarkozy aura été originale à plus d'un titre. Alors que son prédecesseur n'avait jamais voulu composer avec l'électorat du Front National, Sarkozy lui a tout fait pour amener à lui certaines des
personnes qui habituellement votaient pour Jean-Marie Le Pen. Par des appels du pied que l'on connaît tous, telle la fameuse phrase "en France on n'égorge pas le mouton dans la baignoire", telle
l'assimilation entre immigration et identité nationale (rappelons-nous l'embarras de Simone Veil devant un tel projet!), tels des propos sur la génétique que beaucoup ont pu trouver douteux,
Nicolas Sarkozy a réussi à concentrer sur sa personne au bas mot 5% des électeurs traditionnels du Front National. Menant sa campagne au gré des sondages, dans une optique d'efficacité électorale
maximale, quitte à tomber dans un certain cynisme (n'est-ce pas Claude Guéant qui avait déclaré qu'il fallait que Jean-Marie Le Pen soit présent au premier tour des présidentielles sans quoi le
report des voix sur Sarkozy au second tour se ferait moins bien?!), dénonçant la démarche de François Bayrou comme risquant de nuire à la démocratie, il a finalement obtenu ce qu'il voulait et ce à
quoi il pensait depuis si longtemps tous les matins en se rasant: la Présidence de la République.Sitôt élu, notre Président a visiblement oublié son combat pour la bipolarisation de la vie politique française, et donc pour la démocratie comme il avait pu le suggérer, en pratiquant une politique d'ouverture à tout va. Allez donc chercher la cohérence, personnellement j'y ai renoncé depuis bien longtemps... Oserais-je écrire que cette cohérence se situe dans le fait de vouloir détruire toute opposition, en profitant d'une tendance hélas inhérente à la nature humaine qui consiste à facilement "aller à la soupe"?
Ainsi il en a été de la création du Nouveau Centre, arme "anti-Bayrou" pour les législatives. Ainsi il en a été du ralliement de personnalités du parti socialiste, Bernard Kouchner en tête, mais aussi Martin Hirsch, Fadela Amara, Jean-Marie Bockel, sans compter les autres à venir... Pour ceux qui ne voulaient pas entrer ou alors pour lesquelles il n'y avait peut-être plus de place au gouvernement, il y a eu les accessits: Dominique Strauss-Kahn au Fonds Monétaire International (un adversaire de moins pendant quelques temps...), Jack Lang au sein d'une commission destinée à moderniser les institutions...
La contrepartie de tout cela, c'est bien évidemment que Nicolas Sarkozy est constamment obligé de faire le grand écart: comment ne pas perdre des électeurs extrêmistes tout en faisant l'ouverture à gauche? Heureusement, son fidèle lieutenant Brice Hortefeux, aidé de personnages comme le député UMP Thierry Mariani est là pour encourager ce type d'électeurs à demeurer au bercail (la partie du projet de loi sur l'immigration portant sur le regroupement familial en constitue un exemple frappant, la méthode des "quotas" un autre, etc...). Bien sûr, il y a des couacs dans ce gouvernement tellement hétérogène et composé de personnalités qui pour certaines ont des valeurs radicalement opposées. Des noms d'oiseaux fusent ces derniers temps, j'ai personnellement entendu le mot "dégueulasse" de la part de Fadela Amara. Le grand écart à ses limites, passé un certain stade, on risque de se rompre un ligament...
Le paysage politique français actuel
Je souscris pleinement à l'analyse du Mouvement Démocrate du Calvados, lorsque son porte-parole indique qu'aujourd'hui, hors partis extrêmistes, il existe trois principales composantes dans le nouveau paysage politique français:
- les conservateurs qui constituent le pouvoir en place,
- les démocrates,
- les socialistes.
Mon avis personnel est que les conservateurs sont devenus les grands experts de la cuisine et de la tactique politicienne.
Les socialistes, pillés d'une partie de leurs élites, doivent se reconstruire, et entre Bertrand Delanoë (dont des mauvaises langues disent qu'il serait le poulain de Sarkozy pour 2012), Ségolène Royal, François Hollande, voire Manuel Valls ou qui sait même peut-être des Laurent Fabius ou Lionel Jospin qui n'ont pas encore dit leur dernier mot, je pense que le PS est loin d'être sorti de ses guerres intestines...
Le Mouvement Démocrate, qui lui normalement ne devrait pas faire dans la cuisine politicienne mais reposer sur des valeurs, a du mal à se construire. C'est un fait. Si seulement il n'y avait pas les prochaines élections municipales, et les tentations carriéristes de certains élus qui semblent un peu "gripper" les mécanismes... Sarkozy y serait-il pour quelque chose? C'est une question que l'on peut légitimement se poser puique l'homme est partout...
Je viens par ailleurs d'apprendre la création par Jean-Marie Bockel d'un nouveau parti qui se dénomme la Gauche Moderne, et qui a pour vocation d'incarner la gauche de l'UMP. Soudain, une question me taraude l'esprit: à quand un parti unique en France? Au moins, machine à voter électronique ou pas, il n'y aurait plus de contestation possible.






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