J'ai décidé, avec son autorisation, de publier le témoignage d'un militant et ami, que personnellement je qualifierai de "haute qualité" pour le Mouvement
Démocrate. L'auteur, François Duran est connu et reconnu sur la sphère internet comme étant l'un des contributeurs les plus actifs à la construction du Mouvement Démocrate, en
particulier sur le site e-soutiens-bayrou.fr. Son texte que je vous livre ci-après me semble symptomatique de la désillusion qui est en train de naître
au sein des adhérents MoDem. Puisse François Bayrou au plus vite renverser la vapeur. Des personnalités comme François Duran, il y en a certes au sein du MoDem, mais force est de
constater qu'il y en a peu de cet accabit. Un tel personnage, apte de par ses capacités de construction et de réflexion à en convaincre au moins cent autres sont en effet plutôt rares... Ci-après
le texte qu'il m'a soumis, dans son intégralité.
LE MODEM EST-IL DEJA DEVENU UN PARTI D’ANCIEN REGIME ?
Inutile de trop solliciter la mémoire des électeurs Démocrates pour les amener à songer avec douceur aux propos tenus par François Bayrou durant la campagne présidentielle et juste après :
les citoyens actifs, la politique qui ne sera plus jamais comme avant, le Tiers Etat qui allait reprendre le pouvoir, son pouvoir légitime, aux bastions féodaux des baronnies politiques à
l’ancienne, l’appel à toutes les énergies, par delà les clivages, la volonté de vivre ensemble, de travailler ensemble pour le bien commun, sans souci de forces et de moyens, sans considérations
égoïstes et sans pitié pour les profiteurs de l’ancien régime. Charte éthique, charte des valeurs, des textes qui nous engagent et nous obligent aux yeux des Français, nous identifient comme
singuliers et uniques dans un paysage politique dominé par quelques uns.
Que de beaux mots, de concepts fantastiques, d’idées possiblement réalisables et qui ouvraient des perspectives nouvelles et attrayantes pour tous ! En les entendant, beaucoup de citoyens
sont sortis du bois de l’indifférence et de la résignation pour devenir, enfin, des acteurs de leur destin et prendre part à une belle aventure collective qui les dépassait. Nombreux furent aussi
ceux qui, déjà engagés ailleurs mais lassés des interminables et peu ragoûtantes cuisines politiciennes sont venus au Mouvement, persuadés de laisser derrière eux, une bonne fois pour toutes, ces
sinistres pratiques qui dégoûtent les français et les amènent aux comportements inciviques.
Tous ces citoyens ordinaires ont accouru en masse et se sont rassemblés autour de ceux qui s’étaient fait les hérauts de ces idées nouvelles qui, c’était certain, allaient balayer le pays d’un
souffle d’air frais et rendre caduques les anciennes pratiques, les ridiculisant même par l’exemple que nous donnerions à voir. Car c’était par l’exemple que nous proposions de démontrer que nous
étions bien ceux que nous prétendions être.
Et au final qu’avons-nous ?
Une armée de héros commandés par des pleutres ! Pas des chênes, de cela nous nous doutions, mais pas même des roseaux, tout au plus des herbes folles qui tentent de pousser à l’ombre de plus
grands qu’eux et qui, se disputant la même terre rendue ingrate par tant d’ingratitudes, les méprisent de les voir ainsi s’agiter.
Des mémorialistes dont on ignore les enseignements, des encyclopédistes dont on brûle les écrits, des fidèles qu’on bafoue, des talents qu’on raille, des nouveaux qu’on exclue, des anciens qu’on
oublie, des organisateurs sincères et dévoués qu’on flatte par devant mais dont on se méfie et qu’on dénigre par derrière, des femmes et des hommes de talent contraints de végéter dans le glauque
marigot où on les a plongé et dont ils sortent peu à peu, un par un, écoeurés par les remugles dans lesquels certains se complaisent.
Je dis ici que nous sommes devenus un parti d’ancien régime et que nos chefs emploient sans vergogne les plus misérables manœuvres qu’ils s’étaient jurés de combattre.
Je dis ici que 99% du Mouvement est sain mais que ce sont les 1% qui restent qui nous gouvernent et qui sont en train de tout gâter.
Je dis ici que l’idée du Mouvement Démocrate a été trahie par ceux là mêmes qui, les premiers, publiquement, avaient fait serment de la défendre.
Je dis ici que, par pusillanimité, mépris ou malveillance, nos chefs autoproclamés (puisqu’il n’y a pas plus de structure de commandement démocratiquement acceptée du Mouvement que de beurre en
broche) nous laissent volontairement nous fourvoyer, en quête de grandes idées, tandis qu’ils louvoient et intriguent pour des postes et des mandats.
Je soupçonne notre commandant suprême de ne s’intéresser qu’à son destin personnel, de renier sa parole sur des points essentiels de son discours (le cumul des mandats, mais pas seulement…) et de
nous vendre de la poudre aux yeux pour conserver un vivier de militants captifs qui, le jour venu (en 2012), pourront militer sans états d’âme et sans compter.
J’accuse son état-major particulier d’incompétences graves à tous les niveaux : organisations, décisions, communications, démocratie interne. De telles carences ne sont pas tolérables à ce
niveau de commandement et, à ce titre, je souhaite que ces personnes se déclarent publiquement démissionnaires de leurs postes qu’elles continueraient à occuper jusqu’au Congrès fondateur à titre
provisoire.
Un proverbe chinois nous a depuis longtemps prévenu : le poisson commence toujours à pourrir par la tête. Ce processus semble, hélas, bien entamé au Modem. Seules des mesures fortes venant
de la plus haute personnalité du Mouvement peuvent enrayer la lente mais inéluctable décrépitude d’une formation politique qui était censée faire de la politique autrement et qui se contente pour
l’instant, depuis ses hautes sphères, de faire mal la politique de l’ancien régime des partis que nous sommes censés combattre. Le temps nous manque déjà et il faut donc agir sans tarder. Un
célèbre stratège disait : à la guerre, il y a deux données fondamentales, le temps et l’espace. On peut toujours reconquérir l’espace perdu mais le temps perdu, lui, l’est pour toujours.
En revanche, je constate avec émerveillement que nos idées démocrates sont bel et bien vivantes dans le peuple de France et que des militants formidables sont présents et travaillent partout pour
faire vivre et donner corps à ces idées.
A ces femmes et ces hommes ordinaires qui souhaitent un possible extraordinaire, à ces rêveurs idéalistes, à ces humbles travailleurs de la vraie démocratie, à ces citoyens actifs et engagés, je
dis mon admiration et les assure de mon soutien indéfectible. Qu'ils proposent, se réunissent et décident: je les suivrai.
François Duran
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