Faut-il boycotter les Jeux Olympiques?! C'est aujourd'hui la grande question que se posent ceux qui veulent défendre les droits de l'Homme, face à la répression sanglante du
gouvernement chinois devant la révolte du peuple tibétain. S'il était aussi simple d'y répondre, je pense qu'une position occidentale conscensuelle aurait été trouvée depuis longtemps... Mais la
question est ardue, et faute de pouvoir fournir autre chose en conclusion qu'une opinion subjective, je préfère rappeler à tout un chacun la complexité du problème auquel nous devons faire
face.
Pardon par avance si la forme employée rappelle par trop l'aspect du plan d'une dissertation d'un élève de 3ème (en espérant que
j'obtiendrai au moins le brevet des collèges!), mais il me semble qu'il est nécessaire de bien cerner, étape par étape, les différents éléments qui constituent le "problème" tibétain
aujourd'hui.
1. La réalité de la situation
Force est de constater que cette réalité nous est inconnue aujourd'hui à nous
occidentaux. La faute au voile "pudique" qu'a voulu jeter la Chine sur ce qu'elle considère probablement comme des "problèmes intérieurs". Un pays qui jette ainsi un voile sur lui-même ou sur une
région qu'elle administre n'est aucunement un pays démocratique. Cela est un fait. Sinon, pourquoi aurait-il honte de montrer la réalité? Cette
seule constatation suffit, de mon point de vue en tout cas, à condamner définitivement le gouvernement chinois. Il ne faut toutefois pas oublier que dans le prisme déformant des informations que
nous, pays occidentaux, avions à notre disposition il y a quelques temps de cela, les "bons" Tibétains menaient des manifestations pacifiques face aux "méchants" Chinois qui les réprimaient avec
violence. Depuis, des images filmées par des touristes nous ont démontré qu'en fait de simple manifestations, ce sont de véritables émeutes qui ont eu lieu au Tibet. Pour preuve, ces images,
filmées par un touriste canadien, images très dures montrant un Chinois se "faire lyncher" à Lhassa.
Il y a donc énormément de violence, de part et d'autre, et c'est un facteur que nous devons prendre en compte si l'on ne veut pas
appréhender ce qui se passe là-bas dans une simple perspective manichéenne.
2. Les arguments en faveur du boycott
- En premier lieu et avant toute autre chose, il y a bien entendu l'argument "humain": les Tibétains constituent un peuple
opprimé - et ça ne date pas d'hier -, et dans un pays comme la France, qui se veut revendiquer au plus haut les droits de l'Homme, point n'est
question de laisser la dictature s'imposer. C'est ce que j'appellerais la "raison du coeur". Forcément subjective, mais ô combien importante et même fondamentale et fondatrice
dans tout pays qui se dit démocratique, voire simplement civilisé. La "raison du coeur" est, me semble t-il, un élément primordial dont on doit absolument tenir compte. Car elle est une
des composante de la psychologie collective d'un pays. Parce que même un pays tout entier ne peut pas forcément refouler sans difficulté le
laisser-faire, quand il est question de massacres de personnes qui se battent (avec violence quand même...) pour leur liberté et même apparemment pour leur seule liberté
culturelle.
- Ensuite, le blackout complet qui règne aujourd'hui au Tibet. La faute au gouvernement chinois. A
force de refuser de montrer ce qui s'y passe, la Chine entretient - à juste raison - tous les fantasmes, en espérant que ceux-ci ne soient pas réalité: une répression sanglante avec des dizaines
voire des centaines de morts à la clé.
- Enfin, tout simplement, la réputation que s'est forgée la Chine en matière de respect des droits de l'Homme: celle-ci seule est
à même, faute d'images, de nous faire penser que la répression contre les Tibétains est effectivement sanglante.
Dès lors que l'on habite un pays comme la France, qui paraît-il est un modèle en matière des droits de l'Homme, ou du
moins se veut comme tel (peut-être moins depuis le discours du Colonel Khadafi à l'UNESCO mais peu importe), comment supporter, voire cautionner une telle situation? Comment la mettre en
parallèle avec la simple annulation d'un rassemblement festif qui doit permettre aux sportifs du monde entier de se mesurer, dans la joie et la bonne humeur, cet été?
3. Les Arguments contre le boycott
- Les Jeux Olympiques constituent justement un moment festif, un peu hors du temps et de l'Histoire, lors duquel on ne
s'affronte que pour le plaisir du sport, et il ne faut en aucun cas priver les sportifs d'un tel évènement. Tel est entre autre un argument du Président G.W Bush pour justifier du non boycott des J.O. Tel est aussi un argument que j'ai déjà entendu en France.
Vous voulez savoir personnellement ce que je pense de cet argument? Il me paraît nul et malvenu, car que pèse une fête
sportive face à des massacres?! Que valent humainement parlant des J.O pour lesquels les athlètes sélectionnés, afin de pouvoir y participer, doivent au préalable signer un engagement indiquant
qu'ils ne s'exprimeront aucunement sur le thème des droits de l'Homme lorsqu'ils seront sur place? Très franchement, cette soit-disant fête s'annonce gâchée et emprunte de
non-dits. Elle sera certes révélatrice, comme chacun peut s'y attendre, des progrès en matière de préparation "pharmaceutique" réalisé par tel ou tel pays, sans doute aussi du
"business" qui a envahi le sport de haut niveau, mais est-ce cela l'esprit originel du sport?
- Le monde occidental, aussi bien l'Europe que les Etats-Unis entretiennent des relations économiques "privilégiées"
avec la Chine. Argument ô combien plus important, qui ne doit pas nous faire oublier que lorsque l'on parle de relations économiques avec la Chine, il ne faut pas perdre de vue le phénomène de la
mondialisation. Mondialisation, hélas néfaste voire fatale à combien de nos entreprises? Mais mondialisation oblige néanmoins. Car la Chine représente un milliard et demi de personnes, et parce
que si ce pays ne poursuit pas son développement, il risque un jour de se retourner contre l'occident. C'est un fait. Mieux vaut un emploi perdu qu'une vie perdue. Nous sommes là entrés de plein
pied dans ce qu'on appelle la "Real-Politik", celle qui ne tient compte d'aucune sensibilité particulière, mais seulement des réalités géopolitiques du monde dans lequel nous vivons. Et la Chine
fait peur, autant le reconnaître et l'admettre.
- Enfin, ni le boycott des jeux de Moscou en 1980 par les Etats-Unis, ni celui de 1984 par l'ex-URSS n'a donné de résultat
satisfaisant. Si l'on veut faire progresser les droits de l'Homme en Chine, alors il faut conserver une certaine harmonie avec le gouvernement chinois. Pas d'action "coup de poing", mais une
action dans la durée, pour convaincre petit à petit. Tel est le credo qui fait par exemple le succès d'une Angela Merckel, qui réussit le pari d'avoir un commerce extérieur
excédentaire avec la Chine tout en essayant de faire progresser ce grand pays en matière de droits de l'Homme dans le même temps. Ah, cette Angela, si seulement on pouvait nous la prêter en
remplacement de notre Nicolas national... Mais, peu importe, je m'égare là.
4. Conclusion
On se rend vite compte quand on analyse un peu la question, que l'idéal auquel nous aspirons tous je crois, idéal issu de notre
propre psychée ou dans le pire des cas de la psychée collective (pour ceux qui ne sont sensibles à rien), se heurte à une chose que l'on appelle la "Real-Politik".
Comment dès lors répondre sereinement et objectivement à la question initialement posée? C'est mission quasi-impossible, mais j'ai toutefois la conviction qu'en France nous sommes sur la bonne
voie. Je pense en effet qu'il est de la responsabilité de l'opinion publique en général, de l'opposition voire de certains députés de la majorité de "faire monter la pression" quant à la menace
d'un boycott. En ce sens, les manifestations qui se sont déroulées récemment à Paris, le positionnement déterminé d'une Ségolène Royal me semblent aller dans le bon sens.
Tout comme me semble aller dans le bon sens la responsabilité actuelle du gouvernement français, qui dans ce jeu de
rôles se doit d'être le garde-fou de la Real-Politik, et qui exclut pour le moment tout boycott, sans pour autant en écarter définitivement la menace si les événements
venaient à s'agraver.
Ce qui me semble sûr, c'est que gouvernement comme opposition (en y incluant le MoDem) se doivent d'être solidaires en
ce moment, comme cela a été le cas lors du déclenchement de la guerre en Irak. A ceci près, que chacun a un rôle distinct à jouer dans le cas présent. A challenge plus important, il
nécessite forcément de répondre par un jeu plus fin, plus tactique. Et bien entendu, il convient de laisser par avance toute exploitation politicienne a posteriori de la part des uns et
des autres au placard. Laisser monter la pression de l'opinion en conservant toutefois des garde-fous: je crois que c'est le meilleur rôle que la France ait aujourd'hui à jouer devant
l'ampleur de ces nouvelles difficultés internationales.