Dimanche 8 juillet 2007
Le 3 juillet dernier, à l'issue de la déclaration de politique générale du Premier Ministre, François Bayrou a dénoncé devant la représentatiton nationale "deux hypothèques indépassables" justifiant son abstention dans le vote de la confiance au gouvernement. Parmi ces deux hypothèques, figure la concentration des pouvoirs au sommet de l'exécutif, incompatible de la modernisation de nos institutions. De fait, comme chacun aura pu le constater, le Président de la République est aujourd'hui omni-présent dans la vie politique française, il s'occupe de tout, décide de tout. C'est une première, un nouveau style de "management" que l'on pourrait aisément comparer à celui d'une entreprise, dont certains jugeront qu'il favorise l'action au détriment de l'immobilisme, et d'autres - par sagesse - considèreront qu'il porte en lui de graves dangers. Pour analyser exhaustivement cette problématique, je pense qu'il faut successivement en étudier les causes profondes, la façon dont cet hyper-pouvoir s'est en pratique (très) rapidement mis en place, les conséquences qu'il pourrait avoir sur l'avenir de notre vie politique et enfin les remèdes envisageables.

Les causes profondes: il me semble qu'on touche là directement aux institutions de la Vème République, telles qu'elles ont été voulues par le Général de Gaulle, et telles qu'elles ont été amendées par la mise en place du quinquennat et l'inversion du calendrier électoral. Qui saurait-dire aujourd'hui, au regard de ses institutions, sous quel type de régime la France est placée? Un régime parlementaire, tel qu'est supposée être la Vème République suppose une séparation souple du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. Mais est-ce encore le cas depuis que les calendriers des élections présidentielles et législatives sont synchrones? De fait, il n'y a plus aujourd'hui de réelle séparation pratique entre pouvoirs exécutif et législatif. Alors quel nom donner à ce nouveau régime, unique en Europe?

Nicolas Sarkozy, l'hyper-Président: loin de se contenter de ce que certains avaient pu qualifier de "dérive monarchique" de nos institutions ces dernières années, N. Sarkozy, de par sa personnalité, a fortement amplifié le phénomène. En s'abstenant de respecter l'article 20 de la constitution qui stipule que "le gouvernement détermine et conduit la Politique de la Nation", en rabaissant le rôle du Premier Ministre à celui d'interlocuteur privilégié avec le Parlement, en mettant en place des structures Elyséennes destinées à contrôler et même diriger l'action du gouvernement, en diminuant le pouvoir intrinsèque de certains ministères régaliens tels que le Ministère de l'Economie et des Finances ou le Ministère de l'Intérieur. Pire encore, sous couvert d'une volonté d'ouverture qu'il avait pourtant fortement condamnée durant la campagne de premier tour des élections présidentielles, N. Sarkozy a fait en sorte de "tuer" toute opposition politique. Force est de constater que même au sein de l'UMP, la mise en place d'une direction collégiale poursuit ce même but, à savoir empêcher la naissance de toute opposition.

Les risques: les risques liés à de telles pratiques sont bien évidemment nombreux et hélas bien réels. En premier lieu, la concentration des pouvoirs entre les mains d'un seul homme laisse naturellement envisager la notion "d'abus de pouvoir", notamment lorsque ce dernier, du fait de ses nombreuses amitiés médiatico-financières, est soupçonné de "commander" à 90 % de la presse écrite ou audiovisuelle. En second lieu, il suffit d'observer le déroulement de la négociation sur la Réforme des Universités pour se rendre compte des effets pervers d'un tel système. L'intervention directe du Chef de l'Etat sur ce dossier laisse augurer que désormais, en cas de contestation lors de la mise en place de réformes, ni le Ministre en charge, ni le Premier Ministre ne seront plus considérés comme des interlocuteurs légitimes. Tout le monde voudra directement discuter avec le Président, celui qui a le vrai pouvoir de décision... En troisième lieu, il convient d'imaginer quel serait l'impact d'un blocage majeur sur un projet de Réforme dans le futur: le Président s'affichant en première ligne, il ne lui serait plus possible comme l'ont fait traditionnellement ses prédécesseurs d'utiliser son gouvernement comme un fusible. Enfin, et c'est me semble t-il le plus important, du fait du mélange des genres entre pouvoirs exécutif et législatif, le Parlement devenant une simple "Chambre d'Enregistrement", l'opposition ne disposera plus de moyen institutionnel pour s'exprimer. Dès lors, le seul moyen d'expression de son mécontentement restera celui de la Rue...

Les remèdes: la solution qui s'impose en toute logique consiste à ramener le débat législatif là où il doit naturellement avoir lieu, c'est à dire au Parlement. En ce sens, le rôle du Parlement doit être renforcé, sa représentativité doit être améliorée aussi. La mise en place d'une dose importante de proportionnelle, voire d'une proportionnelle intégrale à l'Allemande, doit être instaurée, afin que le Parlement redevienne un véritable lieu de débat. Des instances de contrôle de l'action gouvernementale doivent aussi être mises en place. Malheureusement, nombre de ces remèdes ne pourront être mis en oeuvre qu'à un horizon de 5 ans au plus tôt. Dans l'attente, une seule mesure me semble être réellement adéquate pour éviter un potentiel désastre: que le Président de la République prenne pleinement conscience de son rôle, à savoir servir la Nation et non pas promouvoir sa propre image ou "tuer" politiquement ses adversaires.
 
par Democratix publié dans : Paysage politique
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Lundi 2 juillet 2007
Aujourd'hui, je voudrais revenir sur quatre incidents qui ont émaillé la semaine dernière, à mon sens révélateurs d'une orientation "dans la mauvaise direction" qu'est en train de prendre le gouvernement et l'UMP.

En premier lieu, revenons sur l'affaire de "la salope". P. Devedjian, en parlant d'Anne-Marie Comparini, lui donne le qualificatif exquis de "salope". On sait tous que la politique n'est pas un monde où règne la tendresse, on se doute que dans le cadre de discussions privées les noms d'oiseaux doivent voler... Mais le cas de P. Devedjian est un peu différent. Se trouvait-il dans une réunion privée? A l'évidence non. Quand lors d'une conversation avec deux autres députés UMP il a qualifié Anne-Marie Comparini de "salope", il se trouvait à l'extérieur du Palais-Bourbon, en présence de caméramen d'une chaîne de télévision. Qu'il se soit cru filmé ou non n'a que peu d'importance, ce qu'il faut retenir c'est qu'il n'était aucunement dans le cadre d'une discussion privée dans un bureau privatif. Il faut également noter qu'au lieu de s'excuser immédiatement de façon adéquate, P. Devedjian a dans un premier temps assuré l'ex-députée MoDem de "son estime et de son amitié". N'y voit-on pas là la signification claire du refus de s'excuser? A moins bien entendu que P. Devedjian n'ait l'habitude de qualifier tous ses amis de noms d'oiseaux. Personnellement, j'y ai surtout vu beaucoup d'arrogance.

Deuxième incident révélateur: lors d'une réunion avec des élus alsaciens quelque peu en colère suite à la nomination au gouvernement de JM. Bockel, l'un des participants aurait rapporté au journal Libération que N. Sarkozy avait longuement détaillé les motivations profondes de sa stratégie d'ouverture: "diviser" la Gauche et "torpiller" le MoDem. Certes, tout un chacun pouvait s'en douter. Certes, les propos rapportés ne sont pas forcément ceux de N. Sarkozy, ils ont pu être déformés par un participant aigri resté sous le couvert de l'anonymat. Toutefois, s'ils sont véridiques, je suis quand même surpris que quelque chose qui devrait constituer un véritable secret d'Etat, une "bombe politique" si ces déclarations avaient été enregistrées et mises sur Internet, puisse être aussi facilement dévoilé. Arrogance encore une fois, ou simple invention destinée à nuire? On ne le saura probablement jamais.

Troisième incident révélateur: le passage de L. Wauquiez, le tout nouveau porte-parole du gouvernement, dans une émission de divertissement animée par L. Ruquier. L. Wauquiez est assurément quelqu'un d'extrêmement brillant: Normale Sup, major de l'Ena, DEA en droit, il y a peu benjamin de l'Assemblée Nationale... C'est un très beau pédigrée. Mais du haut de ses 32 ans, cela lui confère t-il une légitimité pour tutoyer tous les invités de l'émission, alors que pour nombre d'entre eux il ne les connaissait pas? Et même lorsque suite a une question de l'animateur, L. Wauquiez reconnaît que le tutoiement est un travers chez lui, il n'en poursuit pas moins dans les minutes qui suivent sur ses mauvaises habitudes. Arrogance, manque de respect envers les autres, ou simple comportement maladroit?

Quatrième incident: la tentative d'A. Minc pour conserver la tête du conseil de surveillance du quotidien Le Monde, malgré l'opposition de tous les journalistes qui craignent pour leur indépendance rédactionnelle (A. Minc est un conseiller proche de N. Sarkozy). Comment justifier une telle tentative de passage en force, contre le gré de tous, même si juridiquement elle peut peut-être trouver une justification?

Les responsables politiques se doivent d'être des modèles. Qu'en privé ils redeviennent de simples êtres humains avec leurs qualités, leurs défauts, ou tout simplement leurs particularités est tout à fait naturel et compréhensible. Mais lorsqu'ils se trouvent dans l'espace public, ils se doivent de se comporter de façon irréprochable. Car forcément, leur comportement influencera celui de beaucoup d'autres. Que dirait-on d'un élève qui insulterait sa professeur? Que dirait-on d'un policier qui tutoierait les gens qu'il contrôle? Droite décomplexée ne doit pas être antinomyque de Droite sachant conserver un peu de retenue. Ivresse momentanée du pouvoir? Décidément, arrogance quand tu nous tiens.
 
par Democratix publié dans : Paysage politique
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Samedi 23 juin 2007

Que l'on observe le résultat du 1er tour des élections présidentielles ou du 1er tour des législatives, le MoDem est aujourd'hui incontestablement la troisième force politique française en nombre d'électeurs. Certains voudraient nous faire croire au retour du bipartisme, qu'il s'agisse de notre actuel Président de la République - qui lors de sa récente intervention télévisée s'est retranché dans une certaine forme de déni, en "oubliant" de mentionner qu'il avait rencontré François Bayrou avant la tenue de l'actuel sommet européen -, qu'il s'agisse du PS, qu'il s'agisse d'une certaine presse ou de certains médias télévisés. Les questions légitimes que l'on doit donc se poser aujourd'hui me semblent être les suivantes: quel avenir pour le MoDem? Ce mouvement naissant, déjà fort de près de 50.000 adhérents, va t-il se développer dans les années à venir, ou constitue t-il seulement un épiphénomène éphémère, le seul fruit du très bon résultat obtenu par François Bayrou lors du 1er tour des présidentielles?

Je crois que pour répondre à ces questions, il convient en premier lieu de rappeler le positionnement politique du MoDem. Le Mouvement Démocrate est un vrai mouvement centriste, ni orienté vers la droite, ni orienté vers la gauche. De ce fait, il a la possibilité, sauf extrémismes, de dialoguer aussi bien avec des partis de droite qu'avec des partis de gauche. Ce positionnement purement centriste a été renforcé par la récente décision prise par François Bayrou, au lendemain du 1er tour des élections législatives, de ne donner aucune consigne de vote au niveau national, mais de laisser la liberté à chaque candidat investi de se prononcer au cas par cas, en son âme et conscience.

Ce positionnement au centre de l'échiquier politique, qui incarne à mon sens "un pragmatisme teinté d'humanisme", aurait donné à François Bayrou, s'il avait été élu Président de la République, une légitimité pour former ce qu'on aurait pu appeler un gouvernement d'Union Nationale, comprenant à la fois des personnalités issues de la droite, du centre ou de la gauche. Force est de constater que N. Sarkozy, qui incarne une "droite décomplexée", n'a pas cette légitimité, rendant ubuesques ses ouvertures diverses et variées à des personnalités issues de la gauche ou encore du Nouveau Centre, ce dernier ne constituant en l'état qu'une annexe de l'UMP. Je pense que les électeurs ne s'y tromperont pas et comprendront bien vite que ces différentes ouvertures ne sont que des artifices publicitaires, reposant sur la notion de carriérisme, et aucunement sur des valeurs profondes. Faire travailler ensemble Christine Boutin et Fadela Amala en constitue l'exemple le plus frappant.

En second lieu, il convient d'analyser quels sont les atouts du MoDem: un leader au fort potentiel présidentiel, quelques personnalités politiques de premier plan, des adhérents motivés par un mouvement qui incarne le renouveau de la politique française, qui plus est des adhérents en général à la tête bien remplie. Le MoDem est la réponse à l'aspiration de beaucoup, de tous ceux qui souhaitaient voir émerger une véritable force centriste en France. De ce fait, je suis persuadé que ceux qui pensent que la "Révolution Orange", révolution idéologique et politique, va s'arrêter aussi rapidement qu'elle a pris son élan, se trompent lourdement.

Enfin en troisième lieu, je crois qu'il convient d'observer dans son ensemble la vie politique française si l'on souhaite décrypter les évolutions qui risquent de se produire à moyen terme. Aujourd'hui, N. Sarkozy et l'UMP sont dans ce qu'on appelle la période de grâce qui suit toute élection présidentielle. Sa popularité est à son apogée, bien que l'on ait déjà pu constater la réprobation des électeurs quant à la mise en place d'une TVA sociale par exemple. Combien de temps durera cet état de grâce? Une durée de 100 jours est communément admise comme étant la norme. Des déçus du Sarkozysme il y en aura, c'est sûr, notamment lorsque nombre de ses électeurs comprendront que le discours populiste déployé durant la campagne présidentielle cache en fait une volonté de faire évoluer la société dans un sens qui privilégie les plus fortunés aux dépens des plus modestes, ou plus simplement ceux qui ont le plus d'atouts pour réussir, au détriment de ceux qui en ont le moins. Lorsque ces électeurs se rendront compte que le Nouveau Centre n'est aucunement une alternative crédible, vers qui se tourneront-ils?

Un constat différent, mais qui mène à la même conclusion, peut être fait quand l'on observe la situation actuelle du PS. Le parti socialiste est sur le point de rentrer dans une double guerre, de laquelle il ressortira très probablement affaibli. Guerre idéologique d'une part, entre sociaux-démocrates et ceux qui considèrent que le PS doit revenir à ses fondamentaux et remettre un coup de barre à gauche, afin d'entretenir une distinction droite-gauche, qui comme je l'avais indiqué dans mon billet précédent n'a plus vraiment de sens aujourd'hui. Guerre des chefs ensuite. Trop de leaders potentiels pour un mouvement politique constitue un grave danger pour son avenir. De ce simple fait, je ne pense pas que le PS sorte de sitôt de ses querelles internes. Pensez-vous que des DSK, des Fabius, laisseront aussi facilement S. Royal prendre l'ascendant sur le parti? On l'a déjà vu dans la période qui a succédé aux présidentielles, avant les législatives. Alors que dans un souci d'efficacité le PS se devait absolument de rester uni, les attaques en tout genre n'ont cessé de fuser. Combien d'électeurs socialistes seront déçus pour ne pas dire dégoûtés par ces conflits de clans? Et une fois encore, vers qui se tourneront-ils?

En conclusion, j'ai la conviction que le MoDem a de beaux jours devant lui, même s'il ne dispose aujourd'hui que de 4 élus à l'Assemblée Nationale. Le présent ne présage en rien de l'avenir. Et cet avenir pourrait ne pas être si lointain. Charge au MoDem de demeurer une équipe soudée autour de son leader, et de ne pas tomber dans le piège des tentations individualistes, pour que cette assertion devienne une réalité.

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Mercredi 20 juin 2007
Hier a été annoncée la composition du nouveau gouvernement. Le remaniement attendu a été plus important que prévu, du fait de la démission d'Alain Juppé. Ironie du sort, c'est celui qui a sans doute constitué le principal artisan de sa défaite, JL. Borloo qui le remplacera au Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables. Le périmètre de ce portefeuille demeurant inchangé, JL. Borloo devient ainsi Ministre d'Etat et numéro 2 du gouvernement. C'est décidément une chose très curieuse la politique: les gaffes, ce que certains parmi les rangs de l'UMP ont même qualifié de "grave faute de communication", sont récompensées par des promotions. Certains mauvais esprits pourraient même sous-entendre que la "gaffe" en question n'en était en fait pas une, mais plutôt une composante d'un plan machiavélique destiné à faire chuter A. Juppé, dernier héritier de la Chiraquie, et de surcroît le ministre le plus en danger dans sa circonscription girondine au soir du premier tour des législatives.

Que les voix viennent de l'UMP ou du PS, toutes prônent le même discours: un Ministre de la République se doit d'avoir une légitimité tirée des urnes. Pourtant, il n'est pas si lointain le temps où l'on voyait un D. de Villepin - qui n'a jamais affronté le verdict des urnes -, nommé Ministre des Affaires Etrangères puis Premier Ministre, une première sous la Vème République. Il est surprenant aussi de constater que cette règle édictée par tous s'est vu entravée d'une exception notoire, dont on parle finalement assez peu: Rachida Dati, pourtant à la tête d'un ministère régalien, celui de la Justice, n'est jamais passée non plus par le verdict des urnes. N. Sarkozy avait-il peur de voir l'une de ses pièces maîtresses, une personne qui lui est fidèle, qui lui ressemble à tel point que certains la considèrent comme un de ses clones au féminin, tomber sous le joug des électeurs? C'est très probable. Rachida Dati est bien plus qu'un Ministre pour notre nouveau Président, elle constitue un symbole, un outil indispensable duquel il ne peut se passer. Il la protège tellement qu'il lui a lui-même choisi ses collaborateurs à la Chancellerie. Peu importe les compétences réelles de Rachida Dati, même s'il est probable qu'elle n'en manque pas, son inexpérience politique - elle n'est membre de l'UMP que depuis décembre 2006 -, elle incarne à elle seule le style nouveau auquel N. Sarkozy veut nous faire croire. Quand on joue aux échecs, il est extrêmement rare de sacrifier la reine.

Suite au départ d'Alain Juppé, outre un petit jeu de chaises musicales, C. Lagarde passant à l'Economie, il est intéressant de noter la réinsertion de M. Barnier au portefeuille de l'Agriculture et de la Pêche. Mais surtout, et c'est dans cette direction qu'il faut regarder si l'on veut comprendre le fonctionnement Sarkozyste, deux nouvelles personnalités de gauche entrent au gouvernement en tant que Secrétaires d'Etat. JM. Bockel, Sénateur-Maire de Mulhouse - un peu en désaccord avec le PS - et surtout Fadela Amala qui devient Secrétaire d'Etat à la Ville. Ancienne présidente de l'association "ni putes, ni soumises", Fadela Amela est reconnue comme une féministe qu'on pourrait presque qualifier d'extrêmiste. Pro-avortement, elle devra travailler avec C. Boutin, le seul point commun que l'on puisse trouver entre les deux personnages étant qu'elles sont toutes les deux des femmes.

Quand je regarde ce gouvernement, j'ai de plus en plus la conviction que la stratégie de notre nouveau président est orientée autour de trois axes majeurs: "tuer" politiquement la gauche ou toute autre force politique qui pourrait nuire à sa monarchie - rappelons-nous de la création du Nouveau Centre destinée à neutraliser, du moins pour le moment, François Bayrou -, agiter devant nos yeux des symboles sociétaux dont Rachida Dati, Fadela Amela et la toute jeune Rama Yade seront les figures de proue, faire travailler ensemble des hommes et des femmes aux personnalités radicalement différentes. Je vois personnellement dans ce dernier aspect un moyen de mieux conforter son pouvoir, les dissensions internes ayant le mérite de toujours préserver le chef.
 
par Democratix publié dans : Paysage politique
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Lundi 18 juin 2007

Maintenant que les résultats définitifs sont connus, bien que je constate qu'ils ne soient pas encore visiblement à jour sur le site du Ministère de l'Intérieur, il est temps de tirer un premier bilan des élections législatives.

Tout d'abord, en terme de participation, il est à noter qu'aussi bien au premier tour qu'au second, l'abstention aura été très forte (aux alentours de 40 %). Ceci tranche radicalement avec les taux de participation record qui avaient été enregistrés lors de la campagne présidentielle. Comment expliquer ce soudain désintérêt des Français pour les urnes? Est-ce dû au fait que les deux scrutins étaient trop rapprochés et que les gens n'ont pas envie d'aller tous les dimanches au bureau de vote? Ou alors, certains ont-ils considéré que les résultats étaient acquis par avance et qu'il était désormais devenu inutile d'aller voter? Bien malin qui saurait conclure.

Ce qu'on peut en revanche souligner, c'est qu'au vu de ce fort écart de participation entre les deux récentes élections, nous sommes clairement entrés dans un régime présidentiel. Ceci me semble conforme aux principes de la Vème République amendés par l'inversion du calendrier des élections telle que l'a voulu L. Jospin. Pour ma part, je trouve regrettable qu'à un peu plus d'un mois d'intervalle, le Président soit élu avec une forte légitimité et les parlementaires de l'Assemblée Nationale avec une légitimité moins prononcée. Ce simple constat devrait nous inciter à réfléchir sur le devenir de nos institutions et sur l'instauration à terme d'une VIème République, comme l'avait prôné François Bayrou durant la campagne présidentielle. Nos voisins européens, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, le Danemark, la Suède, les Pays-Bas, ... ont tous des régimes parlementaires. Une fois encore, la France est l'exception qui confirme la règle. Sommes-nous pour autant plus efficaces politiquement que nos partenaires?

Deuxième constat: la vague bleue, voire le "tsunami" bleu envisagé après le premier tour n'a pas eu lieu. Bien au contraire, même si l'UMP reste le parti majoritaire à l'Assemblée Nationale (avec un total de 317 sièges), son score a diminué depuis 2002. Inutile d'en chercher les causes tant elles paraissent évidentes. Le mot "tsunami" en lui-même a déjà été générateur de peur, la polémique justifiée sur la mise en place d'une "TVA sociale" ou "anti-délocalisation" n'a fait qu'accroître le désir de pluralisme parmi la population. C'est tant mieux pour la démocratie à mon sens.

Ceci ne sera peut-être pas sans conséquence: le "traité simplifié" européen que N. Sarkozy souhaitait faire adopter par le Parlement ne pourra peut-être plus l'être aussi facilement. Rappelons que pour qu'il puisse y avoir ratification de ce traité par le Parlement, il faut me semble t-il une modification de la Constitution. L'UMP et ses ralliés pourraient bien ne pas disposer à eux seuls d'une majorité suffisante pour ce faire. Je préfère utiliser le conditionnel à ce stade, car n'étant nullement un spécialiste de droit constitutionnel, je me fie pour l'instant aux propos tenus hier par le sénateur socialiste JL. Mélanchon qui a affirmé que la majorité devrait disposer d'au moins 387 voix selon le principe de la majorité qualifiée aux 3/5èmes (en l'occurence aux 2/3...). Je constate d'ailleurs qu'aucun quotidien ne s'est encore exprimé sur ce sujet à ma connaissance. L'opposition aurait donc son mot à dire dans ce débat. En cas de blocage, un nouveau référendum devrait alors être organisé autour de ce traité simplifié. Ceci aurait l'avantage de permettre au peuple français de se réapproprier un débat que l'UMP a voulu nous confisquer, avec toutefois le risque d'un nouveau "non" qui constituerait encore un coup dur pour la construction européenne.

Troisième constat: le MoDem, en tant que force politique nouvelle et complètement indépendante, obtient quand même 5 sièges. Ce résultat est meilleur que ce que l'on pouvait présager, mais hélas bien insuffisant pour constituer un groupe parlementaire. Est-il normal que le PCF qui ne représente plus que 2% environ des électeurs dans ce pays soit quasiment à même de constituer à lui seul un groupe parlementaire - ce qu'il fera d'ailleurs très probablement grâce à une alliance avec les Verts -, alors que le MoDem ne le peut pas? Si l'Assemblée Nationale se veut être représentative de l'ensemble des électeurs français, il est plus que temps de réfléchir sérieusement à l'instauration d'une dose de proportionnelle, et pas seulement à hauteur de 10 % comme on a pu l'entendre suggérer ici ou là, ce qui me paraît nettement insuffisant. Un chiffre de 50 % serait beaucoup plus conforme aux attentes de représentativité de la population et permettrait que l'Assemblée puisse être le théâtre de vrais débats et ne constitue pas seulement une "Chambre d'Enregistrement" des propositions émises par le gouvernement. Toutefois, l'élection de ses 5 députés prouve que le MoDem, malgré la tentative de le "tuer" dans l'oeuf par la création du Nouveau Centre, constitue bien une vraie force politique sur laquelle il faudra compter dans le futur.

Enfin dernier constat: si la parité hommes-femmes est en amélioration depuis 2002 (la future Assemblée comptera me semble t-il environ 18 % de femmes contre 13 %), le chiffre est encore très insuffisant par rapport à nos voisins européens, et notamment par rapport à un pays comme la Suède qui a presque atteint la parité. Les députés issus de l'immigration seront eux toujours en aussi faible nombre, ce qui est également à déplorer pour la représentativité nationale. Le symbole que constitue Rachida Dati ne doit pas nous faire oublier que nous sommes dans une société dont la culture n'est pas le seul héritage de nos ancêtres les Gaulois.


Une dernière pensée pour A. Juppé, un vrai Homme d'Etat à mon sens, qui va devoir - avec dignité - quitter le gouvernement. Je trouve particulièrement regrettable que l'on soit obligé de se priver de ses compétences. Mais bien sûr, ceci n'est qu'un avis personnel.

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L'esprit démocrate

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Profil

  • : JF le démocrate
  • : Normandie
  • : Ingénieur en aéronautique, CV disponible sur demande. Centres d'intérêts très variés, dont la politique: sur ce point, je me définis en tant qu'adhérent "exigeant" au Mouvement Démocrate.

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