Vendredi 10 août 2007
1. Les analogies possibles entre la fusion Renault-Nissan et la construction du MoDem

Le sujet est osé. Comparer la fusion de deux grands constructeurs automobiles avec la construction d’un mouvement politique. Certains pourraient juger cela du domaine de l’absurde, et pourtant j’ai le sentiment qu’il existe de nombreuses analogies entre la fusion réalisée en 1999 entre Renault et Nissan et la structuration du Mouvement Démocrate.

En premier lieu, parce que dans les deux cas il s’agit d’un processus de fusion, qui plus est un processus de fusion à grande échelle. En 1999, Nissan comptait 140.000 salariés au niveau mondial, la « fusion » qui nous occupe aujourd’hui concerne 3 composantes (UDF, CAP 21 et Modem) dont les membres sont répartis sur l’ensemble du territoire français.

En second lieu, parce que la fusion entre Renault et Nissan consistait à rassembler des personnes provenant de cultures différentes. N’est-ce pas également le cas entre des UDF attachés pour la plupart depuis longtemps à leur parti, à son mode de fonctionnement, à son nom même, et des « MoDem » dont certains voudraient voir émerger quelque chose de nouveau, voire quelque chose qui ne reprenne absolument rien des acquis de l’UDF ?


Enfin, en troisième lieu, parce que le facteur risque commun dans les deux cas est la peur de l’autre.
2. Les concepts de base de C. Ghosn

Face à ces difficultés, le concept fondamental de C. Ghosn, celui qui a probablement constitué la base de la réussite de cette fusion entre ces deux géants de l’automobile, a été le suivant : ne pas afficher de clans.

Voici deux citations de C. Ghosn, que je verrais bien personnellement appliquer à la problématique qui nous concerne dans la construction du Mouvement Démocrate :

« Il aurait été irréaliste de vouloir changer brutalement la culture de Nissan. C’est profondément contraire à la nature humaine. Les gens qui essayent de plaquer un système sur un autre système n’aboutissent qu’à le détruire. Cela peut être une stratégie de détruire l’autre et d’occuper le terrain. C’est la bombe à neutrons. Vous gardez le hardware mais vous détruisez le software ».

« Nous ne faisons pas telle ou telle chose pour contenter Renault ou tel ou tel. Nous le faisons parce qu’objectivement, cette entreprise créera plus de richesses dans le cadre de l’alliance avec Renault ».

Un deuxième concept a été utilisé comme base de travail par C. Ghosn, après un premier diagnostic réalisé avant fusion effective des 2 sociétés : il s’agit de la fertilisation croisée.

En effet, durant les mois précédents la fusion, un premier diagnostic a mis en évidence un certain nombre de faiblesses chez Nissan qui s’avéraient des points forts de Renault. D’où cette idée de « fertilisation croisée ».

Ce concept paraît assez simple et tellement évident en lui-même : tirer profit des forces des uns et des autres pour construire quelque chose de plus grand, de plus efficace.

Appliqué au cas qui nous intéresse, c'est-à-dire à la construction du Mouvement Démocrate, ce concept induirait que le futur mouvement soit capable, dans une optique d’efficacité maximale, de tirer profit de l’expérience politique et de l’implantation locale des UDF d’une part, et d’autre part de l’expertise dans différents domaines, de la volonté, de l’inventivité et de l’engagement fort que peuvent apporter les « MoDem ».


La base de la réussite de la fusion entre Renault et Nissan a reposé sur ces deux concepts fondamentaux : ne pas afficher de clans et la fertilisation croisée. Lorsqu’on se retrouve devant l’extrême complexité de ces processus de fusions, sans doute est-il sage de toujours garder à l’esprit des idées aussi basiques et simples que celles-ci.

3. Les équipes de travail transversales


Un second diagnostic mené après la fusion Nissan-Renault concluait qu’au sein de Nissan régnait cloisonnement et territorialité, bureaucratisation excessive et absence totale de transversalité. « Nous avions le sentiment que chacun protégeait son territoire, cachait la copie à son voisin ». Des équipes de travail transversales « Cross Functional teams » (CFT) ont alors été mises en œuvre au sein de l’entreprise avec pour mission d’établir un 3ème diagnostic bien plus en profondeur des problèmes que rencontrait Nissan.

D’après C. Ghosn, leur objectif profond était de
« casser les murs, visibles et surtout invisibles qui font de la collectivité de l’entreprise un assemblage de chapelles, de bastions, de tribus, avec leur propre langage, leurs valeurs, leurs intérêts. Ouvrir en grand portes et fenêtres. Forcer les gens à se parler et à s’écouter, à échanger ce précieux savoir qui est aussi l’essence de leur pouvoir ».

On peut à nouveau constater une certaine analogie entre la situation constatée au sein de Nissan et ce qu'on pourrait entrevoir à terme au sein du Mouvement Démocrate: la mise en place d'équipes de travail transversales favoriserait le processus d'intégration des uns et des autres.

Le mode de fonctionnement de ces équipes transversales est également très intéressant compte tenu de nos préoccupations présentes :


- chaque CFT était placée sous l’autorité de 2 leaders appartenant au comité exécutif de l’entreprise, provenant d’horizons différents, ceci afin d’éviter que la CFT n’ait une vision trop limitée de son domaine,

- le pilotage et l’animation de chaque CFT étaient assurés par une personne issue d’un niveau hiérarchique inférieur aux deux leaders, ceci afin d’éviter que les échanges d’idées soient « écrasés » par les membres du Comité Exécutif,

- chaque CFT était composée d’environ 10 personnes,

- la synthèse des travaux réalisée était supervisée par C. Ghosn en personne.

4. L’importance du consensus, de la communication et de la formation

Dans la méthode Ghosn, le consensus et la communication ont une importance particulière. Toujours en citant C. Ghosn :

« Je ne cherche pas à rompre avec la culture du consensus. Seulement, je crois qu'il ne doit pas être mou. Le consensus mou, c'est l'attitude qui consiste à arrêter un projet lorsqu'on voit qu'il suscite des oppositions. J'ai pratiqué un consensus actif : une fois que nous étions tous d'accord sur les objectifs à atteindre, j'ai proposé des moyens pour les réaliser. Ceux qui n'étaient pas d'accord pouvaient le dire, et je leur demandais de proposer une solution alternative. En procédant ainsi, je suis parvenu à atteindre ce que j'appelle le consensus actif, qui ne bloque pas les décisions (…)

Je communiquais tous les mois à l'ensemble du personnel l'état d'avancement du plan, j'ai pu très vite, en interne, annoncer que les choses allaient mieux »

Enfin la formation occupe également une place très importante dans la méthode Ghosn : « Les leaders de demain se forment sur les défis d'aujourd'hui. Ceux qui ont le plus de potentiel, il faut les envoyer sur les fronts chauds : c'est faire coup double : régler votre problème et récupérer quelqu'un qui sera grandi par son expérience ».

Ne seraient-ce pas là trois aspects essentiels que le Mouvement Démocrate pourrait reprendre également à son compte ?

Nota: source des verbatims entre guillemets: P. Ries / C. Ghosn - Citoyen du monde - Editions Grasset 2003
par Democratix publié dans : Mouvement Démocrate
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Mercredi 4 juillet 2007

Hier après-midi à l'Assemblée Nationale, F. Fillon a exposé lors d'un discours d'un peu plus d'une heure, sa déclaration de politique générale devant nos élus. Figure imposée de notre Vème République, cet exercice a de tout temps été considéré comme délicat pour chaque nouveau Premier Ministre investi. On nous avait annoncé des surprises, force est de constater que surprise il n'y eut pas, sauf à considérer comme telle la part importante dédiée à la politique extérieure de la France, rompant ainsi avec la tradition des dernières législatures: le Premier Ministre mène la politique intérieure du pays, sa politique extérieure restant un domaine réservé du Chef de l'Etat. Le porte-parole de l'Elysée, D. Martinon, l'avait annoncé dans un élan pour le moins maladroit: le Premier Ministre "n'aura pas à faire preuve de beaucoup d'imagination". Ce fut effectivement le cas.

Suite à la longue déclaration de F. Fillon, les Présidents de groupes parlementaires à l'Assemblée ont pu largement s'exprimer, avant qu'il ne soit procédé à une séance d'explication des votes. Du fait que le Mouvement Démocrate n'a pas de groupe parlementaire à l'Assemblée, ce n'est que de cinq minutes de temps de parole dont a disposé François Bayrou pour expliquer les raisons du vote abstentionniste des députés du MoDem. Non sans avoir rappelé au préalable que si le mode de scrutin des législatives avait été conforme à celui qui est pratiqué outre-Rhin, ce ne sont pas 4 députés MoDem qui auraient été élus, mais 61 au vu du score réalisé par ce dernier lors du premier tour des dernières législatives, mettant ainsi à nouveau le doigt sur le problème bien réel que pose ce qu'on qualifie habituellement, de façon bien trop optimiste voire aveugle, "la Représentation Nationale".

Alors que les deux groupes parlementaires de gauche (PRG et SRC) avaient, sans surprise, décidés de voter contre la confiance au Gouvernement et alors que les deux groupes parlementaires de droite ou ralliés à la droite présidentielle (UMP et Nouveau Centre) avaient, sans surprise non plus, décidé de voter la confiance au Gouvernement, François Bayrou, au nom du MoDem, s'est lui abstenu, démontrant ainsi, s'il est toutefois encore nécessaire de le rappeler, la totale indépendance du Mouvement Démocrate vis-à-vis des deux gros "blocs" politiques en place.

Quelles sont les raisons qui ont motivé cette abstention?

François Bayrou a rappelé qu'il jugeait constructifs et nécessaires nombre d'engagements pris par le Gouvernement, insistant tout particulièrement sur d'une part la Réforme des Universités - mais qui toutefois lui semble moins ambitieuse que promis -, et sur d'autre part le "Small Business Act à la Française" destiné à soutenir nos Petites et Moyennes Entreprises. Mais il a aussi noté que le discours du Premier Ministre souffrait de "deux grandes hypothèques indépassables":

- la contradiction entre le nombre pléthorique des mesures annoncées, leur coût et la volonté affichée par le Gouvernement de réduire la dette de la France,

- la concentration des pouvoirs au sommet de l'exécutif, incompatible avec la modernisation des institutions.

J'essaierai dans les jours qui viennent d'expliciter plus précisément dans deux billets séparés, quelles sont exactement ces deux "hypothèques", et quelles pourraient être leurs conséquences néfastes à terme pour la France.

par Democratix publié dans : Mouvement Démocrate
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Mardi 26 juin 2007
Ce modeste billet s'inscrit dans la suite du très bon article en date du 23 juin 2007 publié sur le site de Marie-Laure, dont vous trouverez le lien en référence sur ce blog. Force est de constater que depuis quelques temps, les réflexions sur des sujets divers et variés, que ce soit l'Education, l'Emploi, les sujets d'actualités, etc... ne tarrissent pas, aussi bien sur le site officiel du MoDem que sur le site dédié à ses soutiens (e-soutiens.bayrou.fr). Toutes ces réflexions ont le mérite de garder intacte la motivation des adhérents du MoDem, de nourrir leur soif d'agir. Toutefois, nous ne devons pas, me semble t-il, oublier que le MoDem n'est ni au pouvoir, ni actuellement en campagne électorale. La priorité de l'instant est donc de trouver une structure idoine pour ce nouveau mouvement. Je suis persuadé que les Etats-Majors du MoDem sont personnellement en train de "plancher" sur la question. Néanmoins, fort de ses 42.000 adhésions déjà confirmées, le MoDem ne saurait se réduire à ses élites. Aussi est-il nécessaire que la "base" du mouvement se penche également sur ces préoccupations, qui sont à coup sûr fondamentales pour son avenir. Si, comme je l'ai indiqué dans mon billet précédent, des fenêtres d'opportunité semblent se dessiner à moyen terme pour que le MoDem se développe et prenne de l'ampleur, il en est aujourd'hui de sa propre responsabilité de relever ce challenge.

Différentes synthèses ont déjà pu être faites ça et là sur ce que doit et surtout ne doit pas être l'organisation future du MoDem. Ce qu'elle ne doit pas être, à savoir une structure figée, très hiérarchisée du style de celle de l'UDF, qui privilégie le carriérisme aux dépens du dynamisme. J'ai pu constater que les adhérents du MoDem ne sont pas forcément comparables à ceux d'autres partis politiques. Ce sont généralement des têtes bien remplies - ce qui ne signifie en rien que les adhérents aux autres partis politiques sont des imbéciles -, qui souhaitent participer de façon active à la vie du mouvement et ne sont pas prêts à prendre pour parole divine tout ce qui pourrait leur être assenné par un "petit chef local", ou même un "grand chef national". Je me souviens des paroles de N. Sarkozy, rapportées par l'hebdomadaire Marianne, qui aurait déclaré en mai 2005 lors d'un entretien avec des journalistes du Figaro: "Maintenant dans les réunions publiques, c'est moi qui fait les questions et les réponses et, à la sortie, les gens ont l'impression qu'on s'est vraiment parlé". Je sais pertinemment que ce n'est pas dans le style de François Bayrou d'agir de la sorte, en gourou tout puissant qui se veut être à la tête d'une secte plutôt que d'un parti politique, et que ce n'est pas non plus dans l'esprit des adhérents du MoDem d'accepter de se faire traiter de cette façon.

La question de la démocratie participative au sein du MoDem est donc réellement posée, et prendra en particulier toute son importance lorsqu'il s'agira d'établir un programme, de désigner des candidats pour les échéances électorales futures, et à terme l'élection présidentielle de 2012. En aucun cas, il ne saurait s'agir d'un simulacre, comparable aux émissions de PPDA pré-élections présidentielles sur TF1, dont certains ont pu affirmer qu'elles constituaient une certaine forme de démocratie participative, émissions dans lesquelles des quidam, censés être représentatifs de la population française, venaient exposer leurs préoccupations et attendaient une réponse personnalisée de la part du candidat invité. En aucun cas ça ne saurait se cantonner à ce qui a pu être fait par le parti socialiste et Ségolène Royal en particulier, à savoir écouter les "voeux" des militants à l'aube de ces mêmes élections présidentielles, puis décider ensuite de ce qui était le mieux pour eux. Je pense que les adhérents du MoDem sont plus exigents que cela. Ils ne veulent pas simplement qu'on les écoute, ils veulent véritablement participer à la vie du mouvement politique dans lequel ils se sont engagés.

Loin de moi l'idée de préconiser dans ce présent billet une organisation efficiente, qui saura concilier à la fois un minimum de hiérarchie "verticale" avec une organisation "horizontale" que l'on qualifie habituellement de type"projet" dans les entreprises. Son unique objectif est de lancer, voire relancer le débat: quelle type d'organisation serait le plus efficient pour que le MoDem puisse fonctionner de façon optimale, c'est à dire tout en restant suffisamment structuré pour que ses adhérents ne s'éparpillent pas, pour qu'il existe des instances légitimes capables de trancher certaines questions de fond, mais aussi suffisamment souple pour que les militants conservent leur foi dans le mouvement, soient forces de proposition et à un degré important forces de décision, et ne se sentent pas dépossédés d'un mouvement dans lequel ils se sentent fortement investis. Ainsi en va l'avenir du MoDem. Comme l'a dit fort justement Marie-Laure, on ne s'improvise pas en matière de démocratie participative. Il y a des règles à respecter, une organisation bien spécifique à mettre en place. Ceci n'est pas chose simple.
 
par Democratix publié dans : Mouvement Démocrate
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L'esprit démocrate

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Profil

  • : JF le démocrate
  • : Normandie
  • : Ingénieur en aéronautique, CV disponible sur demande. Centres d'intérêts très variés, dont la politique: sur ce point, je me définis en tant qu'adhérent "exigeant" au Mouvement Démocrate.

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