Jeudi 20 mars 2008

J.O-P-kin-2008.jpgFaut-il boycotter les Jeux Olympiques?! C'est aujourd'hui la grande question que se posent ceux qui veulent défendre les droits de l'Homme, face à la répression sanglante du gouvernement chinois devant la révolte du peuple tibétain. S'il était aussi simple d'y répondre, je pense qu'une position occidentale conscensuelle aurait été trouvée depuis longtemps... Mais la question est ardue, et faute de pouvoir fournir autre chose en conclusion qu'une opinion subjective, je préfère rappeler à tout un chacun la complexité du problème auquel nous devons faire face.

Pardon par avance si la forme employée rappelle par trop l'aspect du plan d'une dissertation d'un élève de 3ème (en espérant que j'obtiendrai au moins le brevet des collèges!), mais il me semble qu'il est nécessaire de bien cerner, étape par étape,  les différents éléments qui constituent le "problème" tibétain aujourd'hui.

 

1. La réalité de la situation

 

Force est de constater que cette réalité nous est inconnue aujourd'hui à nous occidentaux. La faute au voile "pudique" qu'a voulu jeter la Chine sur ce qu'elle considère probablement comme des "problèmes intérieurs". Un pays qui jette ainsi un voile sur lui-même ou sur une région qu'elle administre n'est aucunement un pays démocratique. Cela est un fait. Sinon, pourquoi aurait-il honte de montrer la réalité? Cette seule constatation suffit, de mon point de vue en tout cas, à condamner définitivement le gouvernement chinois. Il ne faut toutefois pas oublier que dans le prisme déformant des informations que nous, pays occidentaux, avions à notre disposition il y a quelques temps de cela, les "bons" Tibétains menaient des manifestations pacifiques face aux "méchants" Chinois qui les réprimaient avec violence. Depuis, des images filmées par des touristes nous ont démontré qu'en fait de simple manifestations, ce sont de véritables émeutes qui ont eu lieu au Tibet. Pour preuve, ces images, filmées par un touriste canadien, images très dures montrant un Chinois se "faire lyncher" à Lhassa.

 

 

Il y a donc énormément de violence, de part et d'autre, et c'est un facteur que nous devons prendre en compte si l'on ne veut pas appréhender ce qui se passe là-bas dans une simple perspective manichéenne.

 

2. Les arguments en faveur du boycott

 

- En premier lieu et avant toute autre chose, il y a bien entendu l'argument "humain": les Tibétains constituent un peuple opprimé - et ça ne date pas d'hier -, et dans un pays comme la France, qui se veut revendiquer au plus haut les droits de l'Homme, point n'est question de laisser la dictature s'imposer. C'est ce que j'appellerais la "raison du coeur". Forcément subjective, mais ô combien importante et même fondamentale et fondatrice dans tout pays qui se dit démocratique, voire simplement civilisé. La "raison du coeur" est, me semble t-il, un élément primordial dont on doit absolument tenir compte. Car elle est une des composante de la psychologie collective d'un pays. Parce que même un pays tout entier ne peut pas forcément refouler sans difficulté le laisser-faire, quand il est question de massacres de personnes qui se battent (avec violence quand même...) pour leur liberté et même apparemment pour leur seule liberté culturelle.

 

- Ensuite, le blackout complet qui règne aujourd'hui au Tibet. La faute au gouvernement chinois. A force de refuser de montrer ce qui s'y passe, la Chine entretient - à juste raison - tous les fantasmes, en espérant que ceux-ci ne soient pas réalité: une répression sanglante avec des dizaines voire des centaines de morts à la clé.

 

- Enfin, tout simplement, la réputation que s'est forgée la Chine en matière de respect des droits de l'Homme: celle-ci seule est à même, faute d'images, de nous faire penser que la répression contre les Tibétains est effectivement sanglante.

 

Dès lors que l'on habite un pays comme la France, qui paraît-il est un modèle en matière des droits de l'Homme, ou du moins se veut comme tel (peut-être moins depuis le discours du Colonel Khadafi à l'UNESCO mais peu importe), comment supporter, voire cautionner une telle situation? Comment la mettre en parallèle avec la simple annulation d'un rassemblement festif qui doit permettre aux sportifs du monde entier de se mesurer, dans la joie et la bonne humeur, cet été?

 

3. Les Arguments contre le boycott

 

- Les Jeux Olympiques constituent justement un moment festif, un peu hors du temps et de l'Histoire, lors duquel on ne s'affronte que pour le plaisir du sport, et il ne faut en aucun cas priver les sportifs d'un tel évènement. Tel est entre autre un argument du Président G.W Bush pour justifier du non boycott des J.O. Tel est aussi un argument que j'ai déjà entendu en France.

Vous voulez savoir personnellement ce que je pense de cet argument? Il me paraît nul et malvenu, car que pèse une fête sportive face à des massacres?! Que valent humainement parlant des J.O pour lesquels les athlètes sélectionnés, afin de pouvoir y participer, doivent au préalable signer un engagement indiquant qu'ils ne s'exprimeront aucunement sur le thème des droits de l'Homme lorsqu'ils seront sur place? Très franchement, cette soit-disant fête s'annonce gâchée et emprunte de non-dits. Elle sera certes révélatrice, comme chacun peut s'y attendre, des progrès en matière de préparation "pharmaceutique" réalisé par tel ou tel pays, sans doute aussi du "business" qui a envahi le sport de haut niveau, mais est-ce cela l'esprit originel du sport?

 

- Le monde occidental, aussi bien l'Europe que les Etats-Unis entretiennent des relations économiques "privilégiées" avec la Chine. Argument ô combien plus important, qui ne doit pas nous faire oublier que lorsque l'on parle de relations économiques avec la Chine, il ne faut pas perdre de vue le phénomène de la mondialisation. Mondialisation, hélas néfaste voire fatale à combien de nos entreprises? Mais mondialisation oblige néanmoins. Car la Chine représente un milliard et demi de personnes, et parce que si ce pays ne poursuit pas son développement, il risque un jour de se retourner contre l'occident. C'est un fait. Mieux vaut un emploi perdu qu'une vie perdue. Nous sommes là entrés de plein pied dans ce qu'on appelle la "Real-Politik", celle qui ne tient compte d'aucune sensibilité particulière, mais seulement des réalités géopolitiques du monde dans lequel nous vivons. Et la Chine fait peur, autant le reconnaître et l'admettre.

 

- Enfin, ni le boycott des jeux de Moscou en 1980 par les Etats-Unis, ni celui de 1984 par l'ex-URSS n'a donné de résultat satisfaisant. Si l'on veut faire progresser les droits de l'Homme en Chine, alors il faut conserver une certaine harmonie avec le gouvernement chinois. Pas d'action "coup de poing", mais une action dans la durée, pour convaincre petit à petit. Tel est le credo qui fait par exemple le succès d'une Angela Merckel, qui réussit le pari d'avoir un commerce extérieur excédentaire avec la Chine tout en essayant de faire progresser ce grand pays en matière de droits de l'Homme dans le même temps. Ah, cette Angela, si seulement on pouvait nous la prêter en remplacement de notre Nicolas national... Mais, peu importe, je m'égare là.

 

4. Conclusion

 

On se rend vite compte quand on analyse un peu la question, que l'idéal auquel nous aspirons tous je crois, idéal issu de notre propre psychée ou dans le pire des cas de la psychée collective (pour ceux qui ne sont sensibles à rien), se heurte à une chose que l'on appelle la "Real-Politik". Comment dès lors répondre sereinement et objectivement à la question initialement posée? C'est mission quasi-impossible, mais j'ai toutefois la conviction qu'en France nous sommes sur la bonne voie. Je pense en effet qu'il est de la responsabilité de l'opinion publique en général, de l'opposition voire de certains députés de la majorité de "faire monter la pression" quant à la menace d'un boycott. En ce sens, les manifestations qui se sont déroulées récemment à Paris, le positionnement déterminé d'une Ségolène Royal me semblent aller dans le bon sens.

Tout comme me semble aller dans le bon sens la responsabilité actuelle du gouvernement français, qui dans ce jeu de rôles se doit d'être le garde-fou de la Real-Politik, et qui exclut pour le moment tout boycott, sans pour autant en écarter définitivement la menace si les événements venaient à s'agraver.

Ce qui me semble sûr, c'est que gouvernement comme opposition (en y incluant le MoDem) se doivent d'être solidaires en ce moment, comme cela a été le cas lors du déclenchement de la guerre en Irak. A ceci près, que chacun a un rôle distinct à jouer dans le cas présent. A challenge plus important, il nécessite forcément de répondre par un jeu plus fin, plus tactique. Et bien entendu, il convient de laisser par avance toute exploitation politicienne a posteriori de la part des uns et des autres au placard. Laisser monter la pression de l'opinion en conservant toutefois des garde-fous: je crois que c'est le meilleur rôle que la France ait aujourd'hui à jouer devant l'ampleur de ces nouvelles difficultés internationales.

par JF le démocrate publié dans : International
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Vendredi 29 février 2008
Ingrid-Betancourt.jpgSelon les derniers témoignages, Ingrid Betancourt est mourante. Atteinte de l'hépatite B et pas soignée en pleine jungle.

De ce fait, je crois profondément qu'il est impératif de dépasser toutes les querelles politiciennes: est-ce que Sarkozy a raison d'agir comme il agit ou non. Peu importe, le plus important, c'est le sort de cette femme qui peut-être va bientôt mourir faute de soins. Alors que les Bayrou, les Delanoë, les Royal ou je ne sais quel autre personnage politique français n'osent pas venir donner des leçons. Cette femme va mourir après 6 ans de captivité, et cela est humainement insupportable. Celui qui oserait tirer profit de cet état de fait à des fins personnelles serait un monstre.

A bon entendeur...
par JF le démocrate publié dans : International
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Mardi 11 décembre 2007
khadafi.jpgIl est certaines visites de chefs d'états étrangers qui sont plus délicates à gérer que d'autres. Nicolas Sarkozy en sait à coup sûr aujourd'hui quelque chose. Recevoir sur notre sol le colonel lybien Mouammar Kadhafi constituait un pari très risqué, même si l'homme a retrouvé depuis quelques temps quelques galons, peut-être pas de notoriété mais du moins de fréquentabilité au sein de la communauté internationale.

Le deal semblait assez clair au départ: après la libération des infirmières bulgares, engranger pour une dizaine de milliards d'euros de contrats portant sur des avions civils et militaires (peut-être enfin un premier espoir d'exporter l'avion de combat Rafale?), des armements et une coopération dans le domaine du nucléaire civil que nos voisins allemands ne sont sûrement pas prêts de digérer. Bref, à l'exception d'avions Airbus, que des contrats concernant des denrées de première nécessité.

Déjà, pour calmer les opposants à la venue de Mouammar Kadhafi en France, on avait assisté hier à ce que je considère personnellement comme un jeu de rôles, un beau numéro d'acteurs entre notre Président et Rama Yade, sa secrétaire d'Etat chargée des droits de l'Homme. Bernard Kouchner y allant aussi de sa partition pour le moins ambigüe, s'exprimant en faveur de la venue du Colonel lybien, mais se montrant incapable de le rencontrer du fait de gros problèmes d'agenda.

Tout ceci semblait avoir été minutieusement orchestré, telle une merveilleuse horlogerie, pour bien faire passer dans l'opinion publique la visite du colonel lybien. Mais c'était sans compter sur la personnalité de Mouammar Kadhafi. Alors que ce week-end, il avait déjà prononcé à Lisbonne un discours justifiant du recours au terrorisme pour les petits états, depuis son arrivée sur le sol français les couacs se multiplient. Et pas seulement sur des problèmes superficiels d'apparat. La limousine blanche digne d'une rock-star, la tente bédouine plantée dans les jardins de l'hôtel Marigny ne constituent que la partie émergée de l'iceberg, digne de faire sombrer une seconde fois le Titanic, que constitue la visite du colonel lybien sur notre sol.

Car tout tourne bien évidemment autour du problème du respect des droits de l'Homme. Initialement, c'est à dire hier, la France, patrie des droits de l'Homme par excellence, entendait par la voix de son Président de la République faire entendre raison à la Lybie sur ce point. C'est ainsi que l'Elysée avait déclaré que lors d'un dîner entre les deux chefs d'Etat, Nicolas Sarkozy avait abordé le sujet avec le "guide" lybien. Mais visiblement, les traductions au sein de l'Elysée ne doivent pas être tout à fait au point, le colonel Kadhafi n'ayant apparemment pas entendu ce passage.

Mais le meilleur est venu ce jour, lors d'un discours de Mouammar Kadhafi à l'UNESCO devant des membre de la communauté africaine.  Droits de l'Homme: la leçon de morale de Khadafi, titre aujourd'hui le quotidien en ligne Libération.  Je ne puis résister à l'envie de retranscrire peut-être la meilleure partie du discours du colonel lybien: "les Africains immigrés sont considérés comme des marginaux, des nécessiteux. Ils expriment leur colère parfois par la violence, allument des incendies."

Finalement, c'est peut-être le quotidien suisse Le Temps qui résume le mieux le péril encouru par Nicolas Sarkozy et son gouvernement: "quand on dîne avec le diable, mieux vaut prendre une longue cuillère".
par JF le démocrate publié dans : International
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Mercredi 28 novembre 2007
Suite à mon précédent article, je vous joins ci-après une partie de l'interview de Garry Kasparov, ancien champion du monde d'échecs, et à ce jour premier opposant à Vladimir Poutine, accordée à des journalistes français vis-à-vis de la situation de la démocratie en Russie et du comportement des autres puissances mondiales face à cette dernière. Cette interview est directement tirée en copié-collé du quotidien internet Le Nouvel Observateur. Dans son intégralité, vous pourrez la retrouvez .


N.O.- En quoi vos qualités de joueur d'échec vous aident-elles à lutter contre Poutine

G. Kasparov.- Comme joueur, j'étais très dynamique, voire agressif – d'aucuns diraient arrogant. J'avais une excellente intuition, qui me permettait de deviner les coups de mon adversaire. J'ai aussi appris à connaître mes limites. Je sais qu'on ne peut pas passer à l'offensive si on est en position de faiblesse et cela m'a servi dès le début de ma bataille politique : l'ennemi disposait d'une écrasante supériorité. Je devais donc trouver la stratégie appropriée contre Poutine, et d'abord une tactique de survie. Chaque jour gagné nous permet d'atteindre plus de gens, et de contrarier davantage le Kremlin. Cela relève de la guérilla, et c'est le seul jeu que nous puissions nous permettre. J'essaie toujours de mettre en garde certains de mes camarades, de les exhorter à la patience. Ils veulent être plus actifs, mais cela exige des moyens. Or nous avons peu. La télévision nous est interdite. Pour nous faire entendre, il nous reste la dernière radio libre, l'Echo de Moscou, Internet (mais moins de deux millions de Russes consultent les sites politiques) et le porte à porte. L'important, c'est de rester en vie, politiquement, voire littéralement. Si nous attaquons trop tôt, nous risquons de perdre la partie

Ces deux dernières années, je ne crois pas avoir perdu mon temps. La propagande du Kremlin me présentait initialement comme un grand joueur d'échecs, mais un piètre politicien ; deux ans plus tard, me voilà devenu l'ennemi numéro un du régime. Malgré nos moyens dérisoires ! Et j'ai contribué à créer en Russie une culture de résistance non-violente, ce qui n'allait pas de soi ! Il n'a pas été facile de convaincre l'extrême-gauche que la violence serait contre-productive. Le Kremlin est conscient de se trouver en face d'un phénomène nouveau : s'il nous laisse manifester, cela prouvera que nous sommes en train de gagner la guerre psychologique ; et s'il réprime violemment notre mouvement, il trahira sa vraie nature.

N.O.- Vous vous êtes alliés à des nationalistes. N'est-ce pas dangereux ?

G. Kasparov
.- Non. Pour la première fois, les nationalistes comme l'extrême-gauche se voient contraints de reconnaître les valeurs de la démocratie. Pendant des années, on a débattu pour savoir si la démocratie libérale était adaptée à la Russie. Aujourd'hui, grâce à nous, plus personne ne conteste la validité de ce modèle. Des communistes aux nationalistes, tout le monde réclame un régime parlementaire, la liberté de la presse, la réduction des pouvoirs présidentiels. C'est une avancée fondamentale. Notre but n'est pas de faire le jeu des nationalistes, mais de défendre la démocratie. Et si ces nationalistes la défendent, où est le problème ? Cette union de toutes ces forces politiques dans un front antitotalitaire constitue un énorme progrès. Et comme l'Histoire nous l'enseigne, qu'on lutte contre une dictature fasciste ou communiste, on ne peut vaincre qu'en « ratissant large ».


N.O.-
Qu'est-ce que le système Poutine ?


G. Kasparov
.- C'est un régime hybride, mi-dictatorial, mi-oligarchique. Un mélange unique avec des éléments d'un système féodal (une autorité centralisée relayée par des caïds régionaux qui lui versent de l'argent), d'autres empruntés à l'État mussolinien, d'autres encore qui rappellent les dictatures militaires sud-américaines. C'est aussi un système mafieux : la loyauté constitue le critère numéro un de toute nomination. Autre caractéristique : les dirigeants pillent le pays, puis blanchissent leur argent dans le monde libre. Des centaines de milliards de dollars sont investis en Europe occidentale. Du coup, le système Poutine est face à un dilemme insoluble : une dictature ne peut plus y prendre le visage d'un totalitarisme stalinien. Le problème de Poutine, plaisante-t-on en Russie, c'est qu'il veut régner comme Staline, mais vivre comme le milliardaire Abramovitch ! Il a le cul entre deux chaises… Poutine veut rester au pouvoir sans s'aliéner le soutien des Américains et des Européens. Cela m'exaspère d'entendre les hommes politiques occidentaux dire qu'ils n'ont aucun moyen de pression sur lui. C'est faux car tout l'argent des dirigeants russes est investi à l'Ouest !


N.O.- Vous voudriez que l'on gèle leurs avoirs ?


G. Kasparov
.- La menace est souvent aussi efficace que la sanction. Mais pour cela, il faut être crédible. L'intérêt du monde libre consiste à ne jamais transiger sur ses valeurs fondamentales. C'est ainsi qu'il a gagné la guerre froide. Or maintenant, on transige, on tergiverse. Mais à ce jeu-là Poutine est passé maître. Il considère la démocratie comme un simple jeton qu'il peut miser, au même titre que le gaz ou le sort de la Géorgie. Voilà pourquoi je crois que tous les dirigeants occidentaux – Sarkozy, Merkel, Brown, mais surtout Bush, le plus coupable d'entre eux, qui a voulu croire à la bonne foi de Poutine au lieu d'examiner son bilan – doivent mettre Poutine face à ses responsabilités. Les ministres des affaires étrangères, Kouchner ou (timidement) Condoleezza Rice ont beau dénoncer les atteintes à la démocratie en Russie, Poutine s'en moque tant qu'il conserve le soutien des chefs d'État. Dans la grande tradition soviétique…


N.O.- Quelle est sa vraie tactique avec l'Occident ?

G. Kasparov.- Les dirigeants de l'URSS pensaient la seule force du « monde libre » était l'argent. Poutine continue de raisonner ainsi. Il achète autant qu'il peut le soutien de l'Occident. Mais il reste très prudent, il tâte le terrain avant de tenter le moindre coup de force. Jamais il ne prendra le risque d'affronter de plein fouet les Occidentaux. Chaque fois qu'il agite le spectre de la guerre froide, ce n'est que de la rhétorique. La guerre froide était un conflit d'idées et de valeurs. Poutine, lui, élude toute confrontation directe, et se contente d'entretenir les tensions car elles bénéficient à l'entreprise KGB. Le régime ne survit que grâce au prix élevé du pétrole. Voilà pourquoi Poutine a intérêt à perpétuer les tensions au Moyen-Orient. En vendant de la technologie nucléaire à l'Iran, il fait d'une pierre deux coups : il obtient des devises, et il attise les risques de conflit. Il était déjà ravi que les États-Unis envahissent l'Irak : une invasion de l'Iran, ce serait mieux encore… Même logique quand il vend des armes au Hezbollah. Bref, Poutine préfère la tension à la guerre : il n'a pas d'armée, et il ne veut pas se battre.

Il y a un autre intérêt pour Washington ou Paris à un changement de régime à Moscou. Si Poutine reste au pouvoir, la Russie finira par exploser. Et si elle éclate, cela profitera à des puissances qui ne sont pas particulièrement bien disposées envers l'Occident : d'une part la Chine, d'autre part les islamistes radicaux.


N.O.- Il faut donc selon vous une révolution ?


G. Kasparov
.- En Russie, ce mot est forcément synonyme de bain de sang. Nous recherchons une solution pacifique. Mais effectivement nous voulons démanteler ce régime anticonstitutionnel. Et nous y parviendrons à coups de manifestations pacifiques et de mobilisation populaire d'une ampleur révolutionnaire. Je ne vois pas ce régime corrompu survivre plus de cinq ans.


N.O.- Quelle est la masse critique de gens prêts à descendre de la rue pour renverser le gouvernement ?


G.Kasparov
.- Ce nombre est bien inférieur à ce que beaucoup (notamment certains journalistes occidentaux) pourraient imaginer : cinq mille manifestants suffisent à inquiéter le Kremlin. Car en Russie, quand on manifeste, on prend des risques : le risque d'être tabassé, arrêté, licencié. Si nous pouvions nous exprimer sans que la police intervienne, nous serions beaucoup plus nombreux. À Moscou, il suffirait peut-être de cinquante mille personnes dans la rue pour faire basculer les choses.


N.O.- Ne craignez-vous pas que Poutine ordonne de tirer sur la foule ?


G. Kasparov
.- Peut-être. Toute la question est de savoir si suffisamment de policiers ou de soldats accepteraient de le faire. Je pense qu'il risque d'y avoir des brutalités policières, mais pas de morts.


N.O.- Vous sentez-vous menacé ? Que craignez-vous le plus, et quelles précautions prenez-vous ?


G.Kasparov
.- Je n'ai pas reçu de menaces de mort. Mais je sais que je cours un danger (sans savoir sous quelle forme) et je sais que je dois être prudent. En Russie, j'ai des gardes du corps, et ma famille aussi – notamment mon fils et ma mère, qui vivent encore à Moscou. Ma deuxième femme vit surtout à l'étranger, et c'est à New York que ma fille est née l'an dernier (comme ça, je n'ai pas eu à poster de gardes du corps à la maternité !). Moi-même, je préfère les voir en dehors de Russie, pour que notre intimité ne soit pas envahie par les gardes du corps. Et j'évite de prendre Aeroflot pour les vols long courrier… Il faut minimiser les risques ! Tous les jours, on apprend que des opposants ont été harcelés, arrêtés, licenciés de leur université, voire internés en hôpital psychiatrique. La pression est permanente. Moi, je ne suis que leur porte-parole, car ils n'ont aucune chance de se faire entendre de la presse étrangère. Mais quand on demande aux gens de s'engager, on doit partager les mêmes risques. Je suis en train d'enregistrer mon appel à la manifestation du 24 novembre : les gens peuvent me faire confiance, j'y serai. Et s'il y a des arrestations, nous serons tous arrêtés, moi compris. Cette perspective ne me ravit pas, ma femme et ma mère me traitent de fou, mais je n'ai pas le choix.



Interview de Garry Kasparov par François Armanet et Vincent Jauvert
par JF le démocrate publié dans : International
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Lundi 26 novembre 2007
Qu'il est étonnant de constater la trajectoire de la Russie! Libérée du totalitarisme communiste après la chute du bloc de l'est, grâce à 3 hommes qui resteront à tout jamais des figures historiques: Lech Walesa, M. Gorbatchev et Jean-Paul II, celle-ci semble de plus en plus s'enfoncer dans un totalitarisme d'un nouveau genre. Après le problème de la Tchétchénie, de l'Ukraine, c'est aujourd'hui le bras de fer entre David et Goliath.

D'un côté Goliath, on ne le présente plus, Vladimir Poutine, régnant d'une main de fer sur son "territoire". De l'autre Garry Kasparov, ancien champion du monde d'échecs, considéré comme le meilleur joueur d'échecs de tous les temps comme le savent déjà ceux qui s'intéressent un tant soit peu à ce jeu fascinant car tellement complexe.

medium-Vladimir-Poutine-8-2.2.jpgkasparov.jpg

Ces deux personnages ont décidé de se livrer une bataille sans merci. La trajectoire de Garry Kasparov est d'ailleurs pour le moins étonnante. Alors que ce dernier aurait tranquillement pu rester dans le monde des "échecs" qu'il dominait de si haut, lui assurant par ailleurs des gains financiers tout à fait respectables, il a préféré prendre sa retraite pour s'imposer en tant qu'opposant numéro 1 à Vladimir Poutine. Peut-être est-ce mû par le désir de toujours se mesurer au plus fort, au plus puissant? Aux psychiatres et autres psychanalystes de juger... Toujours est-il que ce dernier depuis quelques temps, sans doute fort de sa popularité censée lui garantir une certaine immunité, n'hésite plus devant les bravades à tout va face au Président russe: discours très offensif et très anti-Poutine aux Etats-Unis pour dénoncer le déficit de démocratie en Russie, organisation régulière de manifestations sur son propre sol...

Las, sa notoriété, peut-être aussi le danger médiatique qu'il représente pour le pouvoir actuellement en place, ne semble plus lui assurer une protection suffisante. Ainsi, alors qu'il menait une simple manifestation pacifique contre le pouvoir en place, il vient d'être arrêté et condamné à 5 jours de prison. Pour plus d'informations, voir ici. Un premier avertissement assurément. Saura-t-il se montrer "raisonnable" et s'en tenir là? Personnellement j'en doute. Car en tant que joueur d'échecs, Garry Kasparov a toujours été un personnage particulier par rapport à ses adversaires, celui qui recherchait le gain de la partie à tout prix, quitte à perdre, plutôt que de se satisfaire d'une partie nulle et du partage des points... C'est décidément le combat de David contre Goliath. Qui gagnera au final? Hélas, je ne crois guère en la reproductibilité de certains évènements faisant partie de la mythologie.

L'évolution de la démocratie et du respect des droits de l'Homme est décidément plus qu'inquiétante depuis quelques temps en Russie. Quel pourra être son impact sur l'équilibre géopolitique mondial à long terme? C'est je crois l'une des grandes questions que l'on doit se poser aujourd'hui.
par JF le démocrate publié dans : International
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L'esprit démocrate

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Profil

  • : JF le démocrate
  • : Normandie
  • : Ingénieur en aéronautique, CV disponible sur demande. Centres d'intérêts très variés, dont la politique: sur ce point, je me définis en tant qu'adhérent "exigeant" au Mouvement Démocrate.

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