Y a t-il un phénomène de contagion? Alors que depuis quelques semaines la question du pouvoir d'achat est devenue centrale dans l'opinion
publique française (et ce ne sont sûrement pas les "défilés" de Carla Bruni-Sarkozy qui en détourneront l'attention), les salariés d'une usine de l'entreprise DACIA, filiale
du groupe Renault-Nissan sont en grève en Roumanie.
Fini le temps de la dictature d'un Ceausescu: la revendication est claire, une augmentation générale de salaire de 50%, ce qui ferait passer le salaire moyen brut de 285 à 435
€. Rien d'exceptionnel dans ce montant, comparable au RMI français.
Je ne connais pas la Roumanie. Peut-être, probablement même, que la vie y est moins chère qu'en France. Alors, caprice des employés roumains? La direction de Renault / DACIA a déjà répondu
à cette question. Sans le vouloir explicitement probablement. En effet, face à la demande de ses employés, en faisant une contre-proposition visant à une augmentation de 20% des salaires,
Renault / DACIA a laissé l'impression que ses collaborateurs en Roumanie étaient clairement sous-payés, pour ne pas dire exploités. Vous en connaissez en effet beaucoup, vous, des entreprises qui à
brûle-pourpoint sont prêtes à octroyer une augmentation générale de 20%? Moi personnellement, je n'en connais pas.
Nous sommes à nouveau confrontés au cynisme à peine voilé dont peut faire preuve le capitalisme lorsqu'il est plongé dans une guerre économique mondiale.
Tant que ça tient, ça tient... Et le jour où la corde est trop tendue, on lâche du mou. Triste époque, triste monde, où toute évolution sociale passe
obligatoirement par un rapport de force. Nos ancêtres lointains se battaient pour le "feu", nos contemporains se battent pour l'argent. Certains pour en accumuler toujours plus (peut-être
même d'ailleurs qu'ils y pensent tous les jours en se rasant!), d'autres simplement pour survivre.
Sur le plan économique, l'élargissement de l'Europe aux ex-pays de l'est repose sur le pari d'un développement "global", c'est à dire tant au niveau des richesses produites que de la redistribution
qui est faite dans ces pays aujourd'hui considérés comme "à bas coût", cibles privilégiées des opérations de délocalisation. En ce sens, l'épisode DACIA ne constitue peut-être que
le prélude à d'autres revendications, soit en Roumanie, soit dans d'autres pays d'Europe tels que la Pologne. Ainsi en va t-il de l'avenir de l'Europe. Si nivellement il doit y avoir, autant qu'il
se fasse par le haut, si toutefois on peut parler de "haut" lorsque l'on observe les niveaux salariaux en question. En l'état, il ne s'agit nullement d'un luxe, mais d'une simple question de
décence. Néanmoins, il ne faudrait pas nous voiler la face et crier au triomphalisme: dans la course à la main d'oeuvre "bas coût", il restera toujours à gérer l'épineux problème des pays de l'Asie
du Sud-Est.
par JF le démocrate
publié dans :
International
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