Comme environ
12 millions de nos compatriotes, j'ai suivi avec attention hier soir l'intervention du Chef de l'Etat, confronté pour l'occasion pendant un peu plus de 90 minutes à un panel de 5 journalistes,
dont on ne sait et l'on ne saura probablement jamais s'ils ont été sélectionnés par l'Elysée et agréés par leurs chaînes respectives, ... ou
l'inverse.
Ce détail a son importance, quoiqu'il puisse paraître au premier abord, car quelles que soient les compétences - probablement indéniables - de ces journalistes, il conviendrait de savoir en toute
transparence si interviewer le Chef de l'Etat constitue une fin en soi, c'est à dire une récompense professionnelle. Il peut en effet y avoir
conflit d'intérêt en ce domaine, et pour tout dire, c'est la première impression qui m'a été laissée hier lors de cette interview un peu particulière. Des journalistes dans leur ensemble sur leur
réserve, hors unYves Calvipugnace et en ce sens digne de sa réputation (je n'en attendais pas moins de la part de celui qui est un des plus brillants journalistes
politiques aujourd'hui, opinion complètement subjective naturellement). Et c'est bien regrettable, car Nicolas Sarkozy n'est pas un homme facile à déstabiliser, son débat face à
Ségolène Royal dans l'entre-deux tours des présidentielles l'a démontré. Je pense qu'il eût mérité un questionnement digne de ce nom, et mon
premier carton jaune, ira forcément, hors Yves Calvi, aux 4 autres journalistes qui étaient en charge de l'interview
présidentielle. Qui a osé par exemple aborder le problème de l'usine Arcelor de Gandrange et les promesses présidentielles non tenues?! Bref, y avait-il, hors Yves Calvi, un journaliste digne de
ce nom dans la salle hier? Une fois n'est pas coutume, j'aurais bien envie de reprendre une expression cèlèbre, attribuée à Dominique de Villepin lorsque ce dernier était premier ministre et se
trouvait en pleine crise du CPE: "Je ne suis pas comme Balladur, moi j'ai des c...". Pour interviewer correctement le Chef de l'Etat, je pense personnellement qu'il faut aussi savoir montrer
qu'on en a... Quitte à ne plus se voir accrédité lors de futures interviews présidentielles. Question de déontologie, d'amour-propre aussi, qu'hélas la majorité d'entre nous - un travers humain
bien connu - savent bien vite remiser au placard lorsque leur avenir personnel est en jeu.
Sur le fond, que retenir de cette interview présidentielle, au bout d'un an de gouvernance de Nicolas Sarkozy?
- Premier point, qui me semble extrêmement important, le Chef de l'Etat a su reconnaître des erreurs, et c'est tout à son honneur je trouve.
Peut-être du jamais vu d'ailleurs sous la Vème République... En tout cas, cela tranche nettement avec le discours post-élections municipales tenu par certains de ses sbires, oserais-je dire de
ses sous-fifres, Rachida Dati et Xavier Bertrand pour ne pas les nommer, discours illusoire et manifestement emprunt de mauvaise foi, que j'ai d'ailleurs vivement pointé du doigt
lors d'un précédentbillet.
- Ensuite, pour parler vraiment du fond, j'ai personnellement trouvé le Chef de l'Etat particulièrement convainquant sur les questions internationales,
hormis en ce qui concerne le sort d'Ingrid Bétancourt. "Une preuve de vie", est-ce cela le seul signe favorable dont on peut légitimement se contenter? Soyons sérieux tout de même... En
revanche, sur le problème afghan et les relations avec la Chine, Nicolas Sarkozy ne m'a pas déçu. Tant mieux.
- Sur le plan économique, et en particulier au regard du pouvoir d'achat, je n'ai en revanche pas été convaincu du tout. Suffit-il de dire que le
"paquet fiscal" a été l'objet d'une grosse erreur de communication? Que la situation qui nous est héritée aujourd'hui est la conséquence de l'instauration des 35 heures et de la crise financière
mondiale? Personnellement, ces explications ne me satisfont pas. Que les 35 heures aient plombé l'économie française, j'en suis intimement persuadé et à ce titre je l'ai déjà exprimé à plusieurs
reprises sur ce blog. Mais j'avais aussi dénoncé juste après les présidentielles que le pari de Nicolas Sarkozy reposait en un pari sur la croissance. Pari perdu aujourd'hui. Bien sûr, il y a eu
la crise des "sub-primes", mais est-ce le rôle d'un Chef d'Etat de faire ainsi des "paris", de jouer sur l'aléatoire, comme certains jouent en bourse voire au Casino? Le paquet fiscal
mérite un véritable carton rouge, et pas seulement en matière de communication. La politique économique équilibrée préconisée par
François Bayrou était la plus à même de satisfaire au redressement de notre pays. Aujourd'hui, cela apparaît presque comme une évidence. D'ailleurs un
dernier sondage CSA ne propulse t-il pas en tête François Bayrou parmi les "premiers ministrables" les plus souhaités par nos concitoyens? Il est
regrettable que cela n'ait pas paru aussi évident il y a un an... Car si Jérome Kerviel s'est retrouvé un nouvel emploi (tant mieux pour lui, bien que personnellement je me "fous" complètement de
cette information), Nicolas Sarkozy s'est lui trouvé un CDD qui durera jusqu'en 2012. Tant pis pour ces aberrations économiques, dont nous Français modestes, auront à subir les
conséquences. Revenir sur le paquet fiscal reviendrait presqu'à démissionner. Et cela est bien sûr impossible pour le Chef de l'Etat. Alors tant pis si le paquet fiscal figurera probablement un
jour au Panthéon des plus mauvaises mesures prises en matière de politique économique, aux côtés des 35 heures... Pour ce qui concerne la
réduction de la dette en 2012 et le retour à des normes compatibles avec les règles européennes en la matière, vous y croyez vous? A moins d'être naïf...
- Au niveau de l'éducation, je ne condamnerai pas la position du Chef de l'Etat. Même s'il a fallu l'insistance, voire la pugnacité d'un Yves Calvi pour lui faire reconnaître qu'il ne cèdera pas
face aux mouvements lycéens. Je ne peux à ce titre qu'encourager la lecture d'untémoignage(billet du 23 avril 2008) particulièrement courageux provenant
d'un enseignant du 93, témoignage qui va à l'encontre de la pensée unique, devenue hélas une habitude dans l'Education Nationale. Sans chercher comme un certain Claude Alègre à
"dégraisser le mamouth", je condamne en effet fermement ces attitudes démagogiques dont le PS s'est fait une spécialité: attitudes
manipulatoires vis-à-vis des lycéens, initiées par un certain François Mitterrand (n'est-ce pas le comble des combles, digne d'un véritable
gourou, que de se faire surnommer "Tonton" par les jeunes?!), aujourd'hui reprises avec une envergure il faut bien reconnaître certes bien moindre (et ce n'est probablement pas qu'une question de
volonté...) par Jack Lang? Certains me jugeront peut-être réactionnaires. Mais j'ai toujours personnellement considéré que la place des lycéens, c'était de se trouver en cours, au lycée.
Et non pas dans la rue, à manifester pour des tenants et des aboutissants, dont la majorité ne possèdent aucunement la maturité suffisante pour
juger.
- Concernant l'immigration, et en particulier les clandestins qui pour certains travaillent depuis 10 ans dans notre pays, notre Chef de l'Etat a commis une "bourde" (volontaire ou pas?) assimilant titre de séjour avec attribution de la nationalité française. Bourde, qui hélas n'a été corrigée par aucun des cinq
journalistes présents... On en est dès lors restés à des propos bien vagues, certes emprunts de bon sens, mais bien vagues tout de même, occultant la
complexité de la réalité actuelle.
Voilà mes quelques réflexions suite à l'intervention du Chef de l'Etat. J'ai volontairement passé sous silence certains sujets tel que celui des OGM, et des couacs gouvernementaux en la matière.
J'ai compris entre les lignes, tout comme un chacun je crois, que l'attitude rebelle d'une Nathalie Kosciusko-Morizet ne sera plus tolérée à l'avenir...
Globalement, j'ai surtout pris acte que cette interview a surtout consisté en une non-interview(2ème carton jaune tournant cette fois au carton rouge de la soirée): face à un Président "décomplexé", les journalistes doivent eux aussi savoir faire valoir un
comportement "décomplexé". Et ce ne fut pas le cas hier. Car hier, nous avons je crois fêté le "Beaujolais" ou le "Sarkozy" nouveau. Un vin de fête, qu'il est agréable de consommer une fois dans l'année, mais hélas un vin qui vieillit mal.
:
Ingénieur en aéronautique, CV disponible sur demande. Centres d'intérêts très variés, dont la politique: sur ce point, je me définis en tant qu'adhérent "exigeant" au Mouvement Démocrate.
Commentaires récents