La Chine tutoie la ligne jaune

Publié le par JF le démocrate

Que mes lecteurs me pardonnent ce jeu de mot facile que d'autres ont probablement dû faire avant moi. Mais il faut reconnaître que la diplomatie chinoise ne fait pas vraiment en ce moment dans la dentelle, notamment à l'égard d'un pays comme la France.

Est-ce parce que les autorités chinoises sont désormais assurées que les principales puissances mondiales (Etats-Unis, Russie et Europe via son Président du Conseil en exercice) seront représentées à leur plus haut niveau lors de la cérémonie d'ouverture des prochains J.O? Est-ce pour cela qu'elles accentuent aujourd'hui les pressions pour isoler politiquement le Dalaï Lama? Il est je crois en effet plus que probable que certains propos tels ceux
récents de l'Ambassadeur de Chine à Paris, n'auraient pas été tenus si nous étions toujours dans l'expectative d'un possible boycott de la cérémonie d'ouverture.

Face à ces menaces à peine voilées, Nicolas Sarkozy essaye de faire
bonne figure, et je suis d'avis que sur des sujets aussi graves, qui ne sont aucunement des problèmes de politique intérieure, il faut systématiquement rechercher l'unité nationale.

L'unité nationale certes, mais pour quoi faire? A mon humble niveau, je n'ai malheureusement pas la réponse à cette question. Bien sûr, je ne peux que comme la plupart (hors peut-être certains qui font régulièrement du commerce avec la Chine et pour qui la question des droits de l'Homme est un sujet sans importance, car ne touchant pas à leur quotidien), saluer le discours courageux et je crois tout à fait sincère car rempli d'émotion, prononcé par D. Cohn-Bendit au Parlement européen.



Mais, point n'est question de tomber dans la facilité, de dire aujourd'hui que N. Sarkozy s'est mal débrouillé diplomatiquement parlant au cours des derniers mois. Ce serait bien trop facile et bien peu productif également. Certes, Angela Marckel et Gordon Brown ont réussi quelque part à "contourner l'obstacle". Angela Merckel, forte des exportations allemandes vers la Chine en termes notamment de machines-outils, indispensables au développement de l'industrie chinoise, a pu dès le début indiquer qu'elle ne participerait pas à la cérémonie d'ouverture des J.O. Gordon Brown, dans un style un peu différent - qui fait toute la richesse de notre culture européenne -, peut lui se retrancher derrière sa présence obligée lors de la cérémonie de clôture des J.O, ... et la volonté de ne faire qu'un voyage à Pékin.

Notre Président n'a pas cette chance. Outre le fait qu'en tant qu'actuel Président du conseil européen N. Sarkozy se doit d'être le représentant d'une Europe à 27, la France exporte en Chine principalement des produits finis qui ne sont pas des outils. Des produits que la Chine pourrait certainement acheter auprès d'autres pays moins enclins à la défense des droits de l'Homme. Le constat est navrant, mais c'est ainsi que se déroulent les négociations sur le plan international. C'est la "Real Politik" tout simplement...

Quoiqu'il en soit, et sans être personnellement capable de proposer une voie de sortie "par le haut" dans ce dossier qui devient très préoccupant, il me semble qu'il serait quand même judicieux de bien réfléchir sur les deux points suivants:

1) On ne peut pas laisser de côté ou tenter d'humilier un pays qui représente 25% de la population mondiale. L'équilibre géopolitique du monde ne supporte aucune erreur, et même parfois des approximations peuvent avoir des conséquences désastreuses. Selon les événements et les points de vue, la Chine peut être considérée soit comme la plus grande opportunité, soit comme le plus grand danger vis-à-vis de l'équilibre du monde. Nous marchons sur des oeufs, il faut bien en avoir conscience.

2) Nous exportons des produits de haute technologie vers la Chine (avions Airbus - qui vont bientôt tomber en panne sèche faute de kérozène à des prix abordables, mais ça c'est une autre histoire -, TGV, centrales nucléaires) et nous importons ou faisons sous-traiter en Chine nombre d'autres produits. Quels sont quantativement parlant nos liens commerciaux avec la Chine? Bref, la Chine nous "tient-elle" à ce point de vouloir dicter à notre Président ce qu'il doit faire ou ne pas faire?



Publié dans International

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L
aujourd'hui la chine stoppe toutes les demandes françaises d'investissement ou d'ouverture de magasin.A deux semaines de l'arrivée de sarko.les chinois ont raison ils obligent sarko kouchner à la clarté politique
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J
@ le grec: j'avais exposé dans un précédent article ma perception de ce qui se déroulait en coulisses, à savoir un gigantesque jeu de rôle dont le personnage central - et aussi le garant de la "Real-Politik" - était notre Président. Il semblerait que N. Sarkozy soit en passe de perdre la partie face aux autorités chinoises. Le problème de fond réside sans doute dans le fait que la Chine pèse plus sur l'économie française que l'inverse... Je pense qu'il est plus que temps de mettre en oeuvre une véritable politique économique et industrielle en France. Car si on continue comme ça, l'industrie française sera complètement à la botte de quelques pays peu démocratiques, ou simplement ayant de l'argent à profusion (cf l'offensive des fonds souverains).
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L
je trouve aussi cohn bendit trés cohérent.Dans un précédent texte tu avais engagé le débat sur la chine et c'était clair il ne fallait pas faire ce qu'a fait sarkozy.Ne pas d'un côté faire savoir qu'il considérait la chine comme antidémocratique et agressif vis a vis du tibet et d'un autre côté y aller.Les intellectuels droits de l'homme de son entourage sont obligés de le dénoncer et kouchner de démissionner ...mais non je déconne
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