J'ai testé pour vous: "Sarkozy: l'erreur historique"

Publié le par JF le démocrate

J'ai testé pour vous le dernier livre de Jean Peyrelevade, intitulé "Sarkozy: l'erreur historique".


En préambule, soyons clairs: ce n'est pas parce que je suis adhérent au MoDem et que Jean Peyrelevade en est l'un des vice-présidents, que mes commentaires sur cet ouvrage seront partisans. J'ai lu ce livre pour ce qu'il est ou plus exactement pour ce qu'il aurait dû être, à savoir un ouvrage de référence écrit par un personnage brillant, retraçant les cheminements - et les erreurs - macro-économiques mis en oeuvre par nos politiques depuis une vingtaine d'années. Et sur ce plan, les démonstrations apportées par Jean Peyrelevade tout au long de l'ouvrage, sont proprement édifiantes. De l'impact catastrophique des 35 heures sur notre économie, aux mesures tout autant catastrophiques lancées par N. Sarkozy pour corriger leur impact (on se rend compte que l'Etat paye deux fois: une fois pour financer les 35 heures, une deuxième fois pour les assouplir via des heures supplémentaires détaxées), aux fausses vertus attribuées à la TVA dite "sociale", Jean Peyrelevade passe en revue les principaux dispositifs qui ont été imaginés ou mis en oeuvre par nos politiques depuis deux décennies, pour démontrer avec rigueur qu'elles nous ont progressivement amenés dans la situation économique dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, à savoir un déficit commercial et budgétaire record et des entreprises étranglées par les charges sociales. Pour mieux enfoncer le clou, J. Peyrelevade mène une comparaison entre notre situation économique et celle de l'Allemagne, démontrant à quel point nos politiques sont toujours allés à contresens de ce qu'une vraie logique macro-économique aurait pourtant dû imposer.

Adepte d'une relance de l'économie par l'offre et non pas par la demande, J. Peyrelevade insiste particulièrement sur la notion de temps nécessaire (1 à 2 ans) pour en voir les premiers bénéfices sur des problèmes aussi sensibles que le pouvoir d'achat. La recherche de l'instantanéité des résultats, en un mot les préoccupations électorales, sont selon lui les raisons qui ont conduit les gouvernements successifs, notre présent gouvernement y compris, à renoncer à prendre les mesures adéquates pour que notre économie puisse se redresser sur le long terme, plutôt que se dégrader d'année en année.

Sur tous ces points, je ne peux qu'applaudir des deux mains.

Voyons maintenant dans un souci d'objectivité, ce que j'ai personnellement trouvé critiquable dans ce livre:

- en premier lieu, le parti pris manifeste anti-Sarkozy de Jean Peyrelevade me gêne. Le titre du livre en lui-même a déjà suscité des polémiques qui sont pleinement justifiées de mon point de vue. S'agissait-il simplement de trouver un titre racolleur à des fins publicitaires? Toujours est-il que, comble du grotesque, l'auteur se voit obligé d'afficher en premier lieu un préambule attestant que personnellement il n'a rien contre Nicolas Sarkozy! Très honnêtement, j'attendais mieux, plus élégant, de la part d'une personnalité aussi brillante que Jean Peyrelevade, et ce positionnement radicalement anti-Sarkozy me dérange. J'aimerais d'ailleurs que cela ne devienne pas une mode au MoDem, comme la probable candidature d'un personnage tel que JF. Kahn lors des prochaines élections européennes peut déjà le laisser entendre. Ce n'est pas en tombant dans la facilité de la caricature et de la démolition du pouvoir en place que le MoDem pourra faire valoir ses propres idées. Au contraire, ce qui peut être profitable à court terme risque un jour de se retourner contre ses géniteurs...

- ensuite, il est je crois une chose discutable dans le raisonnement de J. Peyrelevade: celui-ci, ne raisonnant que dans une perspective purement macro-économique, entend redresser la compétitivité des entreprises en leur permettant d'améliorer leurs marges et leurs capacités d'investissement. Pour J. Peyrelevade, l'investissement en machines semble être la solution miracle à tous les problèmes de compétitivité de nos entreprises françaises. C'est faire fi de nombreux autres facteurs, qui certes ne sont pas macro-économiques, mais qui viennent "plomber" la compétitivité commerciale de nos entreprises: la faiblesse bien connue de nos compatriotes dans le domaine des langues étrangères (et en particulier dans celui de l'anglais), l'absence de politique ou du moins de cohérence industrielle dans notre pays - qui fait que contrairement à l'Allemagne par exemple, nous n'avons plus guère de spécialité industrielle -, plus simplement encore l'absence de volontarisme industriel en France.

- toujours dans le registre des critiques, je regrette de voir J. Peyrelevade défendre bec et ongles les entreprises purement capitalistiques, qui emploient peu de main d'oeuvre. Au point qu'on les croirait intouchables... Ceci est sans doute dû aux réflexes hérités de son ancienne profession de banquier. Mais ceci peut choquer également...

- tout comme peut choquer également les statistiques macro-économiques présentées démontrant que le pouvoir d'achat de nos concitoyens a augmenté jusqu'à aujourd'hui. Je serais curieux de voir ce qu'on a inclus dans l'indice proposé, car s'il est clair que le prix des téléviseurs plasma a particulièrement baissé depuis un an, ceci n'est pas forcément la préoccupation de nos concitoyens les plus modestes. Je regrette personnellement cette assertion, qui me semble très déconnectée de la réalité des gens qui vivent avec peu de moyens financiers, et qui voient l'essentiel de leur budget plombé par des coûts locatifs, énergétiques ou liés à l'alimentaire. Les téléviseurs plasma, ils y penseront plus tard... En outre, cette assertion peut laisser l'impression qu'on prend le lecteur pour un imbécile et qu'on essaie de lui faire gober n'importe quoi.

Bref, si je recommande vivement la lecture de l'ouvrage de J. Peyrelevade, j'encourage à ce que cette lecture soit faite avec un esprit critique, en considérant ce livre comme une véritable référence en matière d'analyse macro-économique, mais pas plus.

Publié dans Mouvement Démocrate

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JF le démocrate 17/09/2008 23:43

@ Danièle: je suis content que tu sois en majorité d'accord avec mes remarques. Pour ce qui concerne l'indice correspondant au pouvoir d'achat des ménages, je persiste à dire qu'il faudrait le décliner en fonction de catégories socio-professionnelles pour avoir une vraie photographie de l'évolution du pouvoir d'achat en France (et ce n'est pas seulement dû à une histoire de tomates.-)))

@ Le Petit Grognard: pas de problème. Je suis prêteur. En revanche, j'ai repris ce qui était mien, à savoir le "j'ai testé pour vous" -)))

le petit grognard 17/09/2008 20:52

Très intéressant, t'es bon pour me le prêter ou j'attends la version de poche !
C'est vrai que les titres sont de plus en plus racoleurs, comme les titres de billet de feu mon blog ;-) Et je t'avais piqué le "j'ai testé pour vous", tu t'en souviens ? :-)

Danièle Douet 17/09/2008 00:44

Tu as raison sur bien des points.

J'ai beaucoup apprécié de lire enfin un homme politique ou économique français qui regarde lucidement la situation et la compare à l'Allemagne et son évolution depuis des décennies. Ce que je fais aussi.

Par contre, je ne partage pas toutes tes critiques:

- celui-ci, ne raisonnant que dans une perspective purement macro-économique, entend redresser la compétitivité des entreprises en leur permettant d'améliorer leurs marges et leurs capacités d'investissement.

C'est une évidence que les PME françaises ne sont absolument pas compétitives et n'ont pratiquement aucune marge pour investir, elles sont de plus totalement dépendantes des banques. C'est dû à une politique désastreuse depuis des décennies à ce niveau et à une législation marquée idéologiquement au détriment des entreprises en France. "Les patrons" est déjà un mot à connotation négative dans la langue de tous les jours.

l'absence de politique ou du moins de cohérence industrielle dans notre pays..., plus simplement encore l'absence de volontarisme industriel en France.

Là je suis d'accord avec toi.

- ...défendre bec et ongles les entreprises purement capitalistiques, qui emploient peu de main d'oeuvre.

Il emploi le mot "capital" dans son sens large, qui inclut les outils de production. Relis les passages :-))

les statistiques macro-économiques présentées démontrant que le pouvoir d'achat de nos concitoyens a augmenté jusqu'à aujourd'hui.

C'est un fait. Le problème est que les gens ne s'en aperçoivent pas car ils dépensent autrement aujourd'hui.

De nouveau "besoins" ayant été créés comme les portables et autres besoins alimentaires comme des raisins ou des tomates en hiver etc... sans que les gens ne s'en aperçoivent car ce sont devenu des "habitudes".

Patricia Gallerneau 16/09/2008 23:37

Ok merci..je vais lire finalement ça aiguise la curiosité.

JF le démocrate 16/09/2008 23:32

@ Patricia Gallerneau: je tiens à repréciser que je recommande vivement la lecture de l'ouvrage de J. Peyrelevade. Car sa clairvoyance en matière de macro-économie est manifeste, et les démonstrations apportées dans le livre sont particulièrement éclairantes. Pour le reste, il m'a semblé noter quelques travers, un peu regrettables, c'est en tout cas mon point de vue. Mais l'ouvrage n'en demeure pas moins d'une très haute qualité.