Idées pour le MoDem (1): sur la gouvernance

Publié le par JF le démocrate

Premier point que je souhaite aborder dans une réflexion qui s'étalera sur environ une semaine, celui de la gouvernance du MoDem.

En premier lieu, on est en droit de se demander, qu'est-ce que la gouvernance? La définition sera différente suivant que l'on assimile le fonctionnement d'un parti politique à celui d'une démocratie (ce qui est généralement le cas des adhérents qui revendiquent toujours plus de "démocratie interne"), ou à celui d'une entreprise (mon cas personnel avec toutefois des bémols).

Je ne blâme pas les premiers, et je pense même qu'il existe un juste milieu à trouver entre ces deux types de fonctionnement très distincts: en ce sens, je voudrais surtout mettre en exergue les excès de l'un ou l'autre de ces fonctionnements, afin d'en tirer des règles réalistes applicables au MoDem.

Dans le premier mode, quitte à tomber dans la caricature, les adhérents nous disent en gros qu'il faut que tout soit décidé par les adhérents. OK, j'en prends acte. Mais comment faire pour que 60.000 adhérents se mettent d'accord sur tout, sans qu'aucun ne boude dans son coin, sans que certains ne se concentrent en groupes de pression - aptes à dépêcher des huissiers au siège du MoDem - lorqu'ils ne sont pas contents? La solution relève de la quadrature du cercle à mon sens. Les groupes de pression, ou plus simplement l'organisation de blogueurs en réseaux (qui forcément tomberont sous influence, il en va ainsi de la nature humaine), c'est je crois ce qu'il peut advenir de pire pour le MoDem. Donc, exit de mon point de vue cette solution que pourtant tant d'adhérents revendiquent.

Le deuxième mode de fonctionnement, c'est celui du type "entreprise". Dans ce mode, il y a un chef, il y a en général un comité exécutif, il y a une hiérarchie, et la plupart du temps dans les organisations "matricielles" actuelles, il y a des groupes de projets transverses. Dans une entreprise, quand on commence à faire référence aux "notes d'organisation", aux rôles et responsabilités de chacun, c'est généralement qu'il y a un problème de fonctionnement, qu'il existe une forme de contestation. Car dans un fonctionnement nominal dans lequel tout le monde trouve sa place en harmonie avec les autres, point n'est besoin de faire continuellement appel aux "notes d'organisation" (l'équivalent de nos statuts).

Personnellement, je ne m'appesentirai pas sur les statuts du MoDem: je trouve que les termes de parlement concernant le conseil national, et la similitude globale du fonctionnement que reflètent ces statuts avec celui d'une démocratie (sans être allé jusqu'au bout de l'exercice, réalisme oblige) relèvent d'une certaine forme de démagogie, qui ne tient pas face à la dureté du combat politique. Le MoDem n'est pas la réplique en miniature d'une démocratie, et je prie pour qu'il ne le soit jamais!

Je préfère donc ignorer totalement des statuts qui me semblent artificiels et dans le cas présent parfois plus nuisibles qu'autre chose, pour définitivement assimiler le fonctionnement du MoDem à celui d'une grande entreprise, mais d'une entreprise qui serait bien gérée... J'ai jadis écrit un article sur les méthodes de management de C. Ghosn, lorsque ce dernier était à l'oeuvre au redressement de Nissan (un modèle du genre... pas l'article, mais la méthode développée par Ghosn). Je ne me sens pas le courage ce soir d'aller rechercher le lien sur ce blog, celui qui le souhaite doit pouvoir le retrouver facilement. Désolé, je me sens assez fainéant ce soir, pressé d'aller me coucher, et je me contenterai d'accumuler les lignes de texte...

Dans une entreprise, il y a différentes formes de fonctionnement: il y a le fonctionnement "autocrate" (le PDG décide de tout, sans tenir compte de l'avis d'aucun, et c'est d'autant pire lorsque l'entreprise lui appartient et que par conséquent il n'est même pas soumis à de quelconques exigences venant de ses actionnaires), et à l'opposé il y a un fonctionnement que je qualifierais de beaucoup plus "subtil": le PDG pilote, arbitre et tranche sur les grandes décisions, mais il sait prendre auparavant l'avis de son comité exécutif (dont les membres eux-mêmes se seront forgés une opinion de par l'avis de leurs propres collaborateurs).

Le premier type de PDG, c'est l'autocrate type, celui qui par nature ne fait confiance à personne. Diviser pour mieux régner telle est en général sa devise. Mais souvent ses résultats ne dépassent pas sa propre intelligence, car il est incapable de tirer profit des idées des autres.

Le second type, c'est le PDG qui se sent sûr de lui, qui n'a pas peur de se confronter à, ou tirer profit d'idées autres que les siennes ou celles venant de son "éminence grise" (pour faire un parallèle avec le MoDem, parallèle que je crois tout le monde aura compris). Le résultat global pour l'entreprise, c'est l'intelligence du PDG + l'intelligence de + l'intelligence de, etc...

En outre, dans ce type d'entreprise, on sait généralement parfaitement mettre à profit les compétences de tous les collaborateurs de cette entreprise: on est capable de lancer des projets transverses, dans lesquels tout le monde peut apporter quelque chose.

De ces quelques écrits, je tire personnellement les règles suivantes quant au fonctionnement et à la gouvernance du MoDem, telles que je souhaiterais personnellement les voir mises en place - dans leur intégralité, car il me semble que c'est bien le problème - une bonne fois pour toutes:

1) La présidence collégiale n'est pas une bonne idée. Il faut un président et c'est tout. Comme ce président doit faire des arbitrages, notamment sur le projet politique, il faut que ce soit le candidat "naturel" aux élections présidentielles: dans le cas présent, F. Bayrou, sans nul doute.

2) Le Président doit savoir s'appuyer sur un "bureau exécutif" qu'il écoute et surtout sait entendre.

3) Le Président doit savoir mettre en place une organisation hiérarchique "claire", dont il ne doit avoir aucune peur (généralement, sa notoriété est telle qu'il ne doit pas craindre le "putsch"): appliqué au MoDem, il n'y a aucune raison pour qu'il y ait collégialité dans la présidence des fédérations. En revanche, en cas de problème, il ne faut pas hésiter à se défaire (en entreprise, on appelle ça "mettre au placard") des éléments perturbateurs dans le fonctionnement global du parti. Par exemple, ceux qui sont fortement contestés par un grand nombre d'adhérents (je pense à un membre de la CCC en particulier, celui de la fameuse "affaire marseillaise"), ou plus simplement ceux qui freinent des 4 pattes dans la progression du mouvement, préférant sauvegarder coûte que coûte leur petit pré carré, au détriment de l'émergence de nouveaux talents (on en connaît aussi).

4) Le Président et son "Comité exécutif" doivent savoir lancer des projets transverses, afin de tirer profit des compétences de tous les membres du mouvement.

5) Le Président et son "Comité exécutif" doivent être à l'écoute de leurs "employés" (d'autant plus lorsque ceux-ci ne sont pas rémunérés, mais bien au contraire cotisent...): le minimum dans un parti politique, c'est me semble t-il de soumettre toute investiture pour quelqu'élection que ce soit au vote des adhérents, ... sans que les résultats soient officiellement annoncés auparavant à la presse, ce qui est quand même un comble il faut bien le reconnaître! Il y a un principe de réalité à bien prendre en compte: peu d'élus, plus d'adhérents = quasiment plus de sous!!!

Voilà pour ces quelques règles élémentaires, qui je crois me semblent être simplement des règles de bon sens.

Publié dans Mouvement Démocrate

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Françoise Boulanger 23/06/2009 22:27

Voilà JF, je viens te lire maintenant avec plus de concentration et du coup j'ai cherché ton billet sur C. Gohn... http://democratix.over-blog.com/article-12464606.html
Ta comparaison d'un Parti avec un fonctionnement d'entreprise comme celle de Nissan est vraiment intéressante mais tu vois, moi je voudrais aller au-delà de ton analyse et faire un mixte avec aussi le fonctionnement d'une association loi 1901. Je suis certaine que cela pourrait se faire. C'est à réfléchir sérieusement. Il faut, au contraire de ce que tu proposes (pas de présidence collégiale), utiliser l'idée géniale de François Bayrou de faire une présidence collégiale pour faire une séparation du législatif d'avec l'exécutif. C'est cela exactement qu'il faut arriver à faire. Et tenir compte également du Principe de Peter (j'ai commencé un billet là-dessus...). De plus dans un parti, il faut penser au but de ce que l'on veut obtenir, à la légitimité de son existence.
Deux possibilités :
- soit le Parti n'est là que pour amener, conduire, accompagner, porter un homme (ou une femme) à la fonction suprême de la présidence de la République; auquel cas ce Parti pourra se dissoudre sans état d'âme une fois la mission accomplie ;-) et ne fera rien d'autre que d'être au service de son "gourou", sacrifiant tous les egos autres que l'élu !
- soit le Parti existe pour faire changer les mentalités, amener à une autre façon de faire de la politique, introduire les réalités de la vraie vie dans la vie artificielle et théorique de l'administration financière et sociale. Simplifier les fonctionnements, diminuer les écarts entre les revenus etc. Amener de la transparence et de l'honnêteté dans toute action. Cela semble simple à dire mais les lois sont là. La constitution n'est pas facile à modifier... Mais si l'on veut cet objectif dans notre Parti il nous faut tenir compte de tous les membres. Effectivement comme dans une entreprise mais aussi comme une association à but non lucratif. C'est uniquement ce dernier point de "non lucratif" qui changera "du tout au tout" notre vision du monde politique.
Remettre l'argent à sa place ! Là devrait être notre seule et unique préoccupation, me semble-t-il. :-)
Par ailleurs, si le Parti doit exister pour changer la politique, il ne doit pas se retrouver quasiment "orphelin" une fois le président élu... président. En cela, la présidence collégiale est intéressante puisque c'est un des vice-présidents qui pourra être élu à la présidence. Il s'y sera préparé tout au moins. Il en aura déjà eu les responsabilités et le rôle de porte-parole.
Qu'en penses-tu ?

le+grec 15/06/2009 19:28

chapeau
j'espère que ce texte sera lu par de nombreux démocrates
si en plus le président mène ses troupes à la victoire c'est l'organisation parfaite
reste qu'un parti c'est aussi beaucoup de textes lus ,débatus,amendés -tout le contraire de la foule sentimentale qui a suivi ségolène royal
la preuve par le livre de f bayrou
les fédérations ne doivent pas se limiter à des réunions d'orga mais produire par commissions interposées des analyses nourrissant le projet politique
l'ump a su faire ça au moment de sa constitution
pour le moment je ne sais pas si le mouvement dispose de cadres intermédiaires capables d'animer les fédérations
c'est tellement ingrat lorsqu'il n'y a pas de postes d'élus à distribuer

vincent15 15/06/2009 06:52

Oui c'est pas faux.

Je crois que la demande générale de présidence collégiale est due au non respect de ton point 2. Il est vrai qu'une présidence collégiale apporterait de la lourdeur, mais sans elle, il faudrait s'assurer que tout le bureau exécutif soit consulté pour les décisions les plus importantes.