Grippe A: retour sur l'hypocrisie et le sensationnel dérisoire

Publié le par JF le démocrate

Aujourd'hui, on nous apprend - c'est dans tous les journaux, et même si ça fait belle lurette que je ne regarde plus les J.T je suppose que ça figurera à la "Une" - que la Grippe A/H1N1 vient de faire sa 1ère victime en France. Une adolescente de 14 ans qui par ailleurs souffrait apparemment d'une autre maladie grave, plus responsable de son décès.

Je crois qu'il serait plus que temps d'arrêter définitivement les délires de la communication, qu'ils viennent simplement des médias avides de sensations fortes ou de nos gouvernants.

1) Le décès de cette adolescente, selon les chiffres annoncés par le ministère de la Santé (mais j'y reviendrai), laissent présager un taux de mortalité de 1 pour 1000 environ. C'est bien évidemment dramatique pour cette ado et sa famille, mais pour notre pays est-ce catastrophique docteur? Pas plus que la grippe saisonnière à laquelle nous sommes habitués.

2) Venons-en à la "communication officielle" maintenant: le ministère de la Santé continue à nous asséner des chiffres concernant le nombre de cas recensés en France (1022 cas recensés au jour d'aujourd'hui toujours selon le même article de Libé). En revanche, selon B. Debré, qui est quand même professeur de médecine - même si sa spécialité est l'urologie - et qui de part sa qualification doit avoir ses sources, les cas ne sont plus comptabilisés en France ( "les malades, dont on ne vérifie d'ailleurs plus s'ils ont attrapé le H1N1 ou un simple rhume de cerveau, sont désormais invités à prendre du paracétamol")... Alors il faudrait savoir: les malades, on les comptabilise ou on ne les comptabilise plus? N'y a t-il pas là une discordance entre deux discours sensés être chacun digne de foi? Sur ce dernier point, je serais enclin à croire plutôt B. Debré, car on ne distille pas une information de cette ampleur (les cas ne sont plus recensés), sans avoir des sources sérieuses.

Alors, arrêtons de fantasmer sur la grippe A. Ce n'est peut-être pas une "grippette" comme l'indique B. Debré, mais une vraie grippe - similaire à la grippe saisonnière mais plus contagieuse -. Il est probable qu'hors mutation du virus, il y aura (d'ici quand?) 20 millions de personnes (chiffre avancé par certains experts) qui seront touchées en France et au moins 20.000 décès.

Les gros problèmes qui se posent aux autorités sanitaires me semblent être surtout les suivants:

- ne pas gâcher la saison touristique (il y a encore tout le mois d'août) en nous faisant croire qu'il y a peu de cas en France,
- gérer (et c'est bien compréhensible) l'étalement de l'épidémie à la rentrée, afin de ne pas bloquer notre économie (ira t-on jusqu'à la fermeture des écoles, ou de lieux de rencontres tels que les bistrots quand on passera au fameux niveau 6?) et permettre à notre corps médical de prendre en charge au mieux la maladie, sans afflux brutal et excessif de malades.

Ce que je retiendrai surtout de cette épisode, même s'il n'est qu'à son début, même si une mutation du virus est encore possible, c'est qu'au niveau mondial on n'a pas réussi à confiner ce qui est devenue une pandémie. Et ce même alors qu'on ne savait pas à quel virus on avait à faire, ne connaissant ni sa virulence, ni sa capacité de propagation.

Aujourd'hui, il semble qu'on soit pris de court par sa capacité de propagation (digne d'un simple rhume), mais heureusement pas par sa virulence. Et si ces deux facteurs avaient été concommitants? Une leçon à retenir je crois. Si on avait eu affaire au SRAS H5N1(taux de mortalité de l'ordre de 60%) avec une telle capacité de propagation, c'est sans doute au moins un milliard d'êtres humains sur Terre qui auraient pu être décimés. Mais peut-être aussi qu'on s'en foutait royalement tout simplement...

L'épidémie d'Ebola en 2003 doit nous servir d'exemple: le continent africain - même si on le considère comme "sous-développé" -, par des mises en place de quarantaines, de confinement de villages entiers, par la crémation systématique des morts, nous a évité une catastrophe mondiale.

Certes, il était économiquement plus difficile d'isoler les Etats-Unis, un des premiers pays touchés par la grippe A. Tout du moins aurait-on pu déclarer un plan de quarantaine pour les personnes en provenance des pays alors touchés par ce qui n'était qu'une simple épidémie.  Cela m'aurait semblé constituer un juste milieu acceptable, même s'il aurait constitué un frein à l'économie mondiale (est-ce un hasard si le pays européen le plus durement touché est l'Angleterre?). Car, à tout bien réfléchir, les vies humaines valent-elles infiniment moins que l'économie?

Dans la recherche du juste milieu, nous ne sommes je crois toujours pas prêts à accompagner une Nature qui nous dépasse et qui nous dépassera toujours.

Publié dans Société

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JF le démocrate 31/07/2009 20:11

@ Chantal: on fait dans le sensationnel, mais aussi dans la communication politique "orientée", et encore une fois on ne savait pas à ce à quoi on pouvait avoir à faire au départ. Sans parler d'un renforcement de la virulence ou d'une possible mutation du virus en fin d'année.

force_hyeres 31/07/2009 10:31

Très juste JF, on fait dans le sensationnel jusqu'à aller dans la contre-vérité. Pendant ce temps la crise est oubliée et l'industrie pharmaceutique se gave...