Appel au boycott de Total: une première opération réussie

Publié le par JF le démocrate

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Suite à l'appel au boycott des stations Total lancé par O. Henno, tête de liste MoDem pour les Régionales dans le Nord Pas-de-Calais, une première action a été menée ce jour, afin de sensibiliser nos concitoyens au drame humain qui risque de toucher dans les semaines à venir non seulement les salariés de la Raffinerie des Flandres, mais aussi ses sous-traitants. Au "Total", ce sont 800 personnes qui pourraient perdre leur emploi à Dunkerque, une ville déjà hautement sinistrée par le chômage.

Ces opérations de sensibilisation ont été menées dans 3 villes de la région: Dunkerque, Lille et Valenciennes.

Pour ma part, je me trouvais à Dunkerque, une ville qui m'est chère car étant celle de mon enfance, et je dois dire que j'ai été assez surpris par la réaction des Dunkerquoises et des Dunkerquois que j'ai pu croiser. Nous n'avions pourtant pas choisi l'endroit le plus facile pour cette opération de sensibilisation: les abords d'une station-service Total située sur une route à forte fréquentation.

Là où je m'attendais à ce qu'avec nos tracts et nos banderoles nous nous fassions jeter tel du poisson pourri par au moins un usager sur deux, force est de constater que nous avons suscité infiniment plus de sympathie que d'antipathie. Et personnellement, ce sont bien 95% des usagers de cette station qui ont accepté avec un sourire complice le tract que je leur proposais.

J'ai même eu droit à certaines répliques assez surréalistes:

- "Vous savez, si je viens ici, c'est uniquement parce que je n'ai plus du tout d'essence"
- "Je ne viens chez Total que pour laver ma voiture"

Certes il y a bien quelques véhicules qui sont passés à toute allure devant moi, mais dans leur très grande majorité les habitants de Dunkerque sont déjà très sensibilisés au désastre industriel programmé si on considère qu'il n'y a plus que la fatalité économique et financière qui régit le monde. Peut-être est-ce tout simplement parce que cette ville a déjà connu par le passé nombre de sinistres économiques, le plus marquant étant sans doute la fermeture en 1987 des chantiers navals, le principal employeur de l'agglomération. Si la ville de Dunkerque a été particulièrement marquée par la seconde guerre mondiale, il faut savoir qu'elle a été également durement touchée plus récemment par les crises industrielles.

Une visite à la Raffinerie des Flandres (où O. Henno et F. Leturque étaient présents) permet de mieux comprendre le désarroi de certains salariés.

Ainsi, ce militant CGT qui me confie: "aujourd'hui la direction de Total envisage de reconvertir le site en centre de formation au raffinage, et promet de sauver 225 emplois, mais moi j'ai plus de 50 ans, je ne suis pas capable de former les gens au raffinage, et en plus on voudrait que je me déplace continuellement partout en Europe".

Vous le savez chers lecteurs, cela fait un bon moment que je suis les méandres du "dossier" de la Raffinerie des Flandres. Et je ne comprends toujours pas comment la direction du groupe Total peut à ce point se montrer aussi intransigeante dans ses négociations. Il y a une très grande majorité de l'agglomération dunkerquoise - entre autres - qui est contre ce qui initialement devait peut-être constituer une liquidation pure et simple du site de raffinage de Dunkerque, et pourtant on s'obstine à négocier petit pas après petit pas, alors qu'irrémédiablement Total va bien devoir lâcher du lest.

Car en effet, comment un groupe comme Total, fleuron de notre industrie nationale, pourrait-il croire qu'il pourra avoir raison envers et contre tous?! Quel excès de prétention... Est-ce parce que C. de Margerie croit qu'une entreprise privée est totalement à l'abri du pouvoir politique? Il est vrai que le politique semble avoir totalement démissionné en France dans le secteur industriel. Mais peu importe, au-delà du politique, il y a le citoyen. Et le citoyen a non seulement pouvoir sur le politique - via les élections -, mais a également pouvoir sur le marché français sur des groupes comme Total. Car le citoyen est un consommateur, un client, et sans client une entreprise n'existe pas. Je ne parle même pas des salariés, des syndicats, qui forment un contrepouvoir essentiel vis-à-vis de certaines dérives.

Total a très largement les moyens financiers de reconvertir - si besoin est - la raffinerie des Flandres en un site industriel pérenne, en préservant 800 emplois qui sont menacés. Certains emplois seront peut-être supprimés et d'autres créés, le principal étant que dans la zone industrielle de Dunkerque, le jeu se fasse à "somme nulle". Car Total semble prendre cela comme un "jeu", et dans la théorie mathématique des jeux, il n'y a me semble t-il qu'une stratégie qui soit véritablement viable: celle du "gagnant-gagnant". Croyez-moi, Total, au vu de la précipitation des événements, sera bien contrainte d'adopter cette posture du "gagnant-gagnant". C'est simplement dommage qu'il faille passer par tant d'affrontements pour in fine aboutir à ce qui aurait pu constituer une première intention. En attendant, chapeau bas au MoDem du NPDC pour sa prise de position assez atypique: au moins, cela me conforte dans mon vote du 14 mars prochain.

Publié dans Nord Pas-de-Calais

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F
<br /> <br /> Sur les marchés de Dax nous avons aussi beaucoup de sympathie des gens.<br /> En tout cas, bravo pour cette opération !<br /> <br /> <br /> <br />
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P
<br /> Bonjour Jean François,<br /> Merci pour cet article,je crois que ce sont les petites actions qui pourront tout au moins faire en sorte de sauver des emplois, je pense que la mobilisation en faveur des salariés doit<br /> continuer.<br /> Philippe<br /> <br /> <br />
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