Armstrong: encore un cas gênant pour Sarkozy?! (2/2)

Publié le par JF le démocrate

En 1999, Lance Armstrong arrive sur le Tour de France pour le gagner. Auréolé de l'exploit d'avoir vaincu le cancer, ce coureur exceptionnel (je n'ai jamais vu un coup de pédales aussi fluide) dominera, de la tête et des épaules, 7 tours de France consécutifs de 1999 à 2005. Du jamais vu.

 

Rapidement, des controverses vont naître. En effet, les performances réalisées notamment en montagne, aussi bien par Armstrong que par ses suivants au classement général d'ailleurs, ne seront pas en baisse par rapport à celles qui avaient été réalisées au milieu des années 90, lors de la grande époque de l'EPO, comme je l'ai décrit dans mon billet précédent. D'où des suspicions légitimes de dopage, qui seront confirmées bien plus tard. D'où aussi une espèce de compétition installée entre un dopage devenu clairement "scientifique" et des moyens de contrôle qui ont toujours 2 ou 3 ans de retard. Peut-être qu'il eut fallu relâcher un peu la pression sur les contrôles et admettre dès le début des années 2000 que le cyclisme professionnel, bien trop médiatisé, n'échapperait jamais plus à du dopage organisé et systématique. Le cyclisme en tant que sport, plus ou moins exemplaire, était de toute façon déjà clairement mort à cette époque.

 

Le problème spécifique avec Armstrong, c'est qu'il a apporté au Tour de France bien plus que des performances inouies qui forcément engendrent la suspicion. Lance Armstrong est en effet devenu rapidement bien plus qu'un simple champion cycliste: en mélangeant sport, business et politique Armstrong a fait sortir le Tour de France des rails dans lesquels il aurait dû toujours resté cantonné, à savoir la plus grande compétition d'un sport de haut niveau (hélas trop) médiatisé.

 

Considéré au début comme le nouveau patron du peloton, il en est progressivement devenu le "parrain", faisant de la lutte contre le dopage un ennemi qu'il faut vaincre à tout prix. Blacklistage des journalistes (même le gentil G. Holz a reconnu en juillet dernier qu'après avoir été blacklisté pendant 2 ans par L. Armstrong pour avoir osé lui poser une question sur le dopage, il s'était ensuite en quelque sorte "couché" pour pouvoir continuer à faire son travail), intimidation des coureurs qui osaient témoigner dans des affaires de dopage. Tout comme  en a témoigné l'épouse d'un ancien coéquipier repenti.

 

Il est probable que l'amitié qu'Armstrong s'est toujours revendiqué d'entretenir avec GW Bush l'a poussé trop loin dans la "décomplexion", au point d'arriver à cet ultime dérapage en 2005, qui normalement aurait dû mettre un terme à la relation particulière qu'il entretenait avec le Tour de France: quand en effet on commet l'irréparable en déclarant qu'on va revenir sur le Tour de France  "pour emmerder les Français", il faut dès lors s'abstenir de tout retour.

 

C'est pourtant ce qui se passera en 2009 et en 2010, beaucoup plus  dans une ambiance de business et de politique que dans une ambiance sportive, le bon Michel Drucker ayant même été sollicité pour préparer le terrain.

 

Alors que vient faire N. Sarkozy dans tout ça, me demanderez-vous. Eh bien moi aussi je me demande bien ce qu'il viendrait faire là-dedans, et pourtant deux personnes l'ont clairement mis publiquement en cause ces derniers jours.

 

1) Un conseiller scientifique de l'AFLD (Association Française de Lutte contre le Dopage), qui vise explicitement l'Elysée dans le débarquement de l'ancien patron de l'AFLD, P. Bordry dont paraît-il L. Armstrong voulait la tête. D'ailleurs, P. Bordry avait également mis en cause l'Elysée en juin dernier sur France-Info.

 

2) L'avocat T. de Montbrial, n'y va pas de main morte en indiquant que lors du Tour de France 2005 une équipe d'enquêteurs dépéchée de Paris pour perquisitionner l'hôtel dans lequel était logé L. Armstrong et son équipe avait au tout dernier moment reçu un "feu rouge" et était rentrée à Paris sans procéder à aucune perquisition. En affirmant cela, T. de Montbrial sait très bien que tout le monde pensera au Ministre de l'Intérieur de l'époque, qui aurait pu bloquer une telle perquisition (ce n'est sûrement pas J. Chirac, qui ne s'est jamais intéressé au cyclisme, qui aurait agi de la sorte).

 

Vérités, demi-vérités, mensonges, calomnies? Peut-être qu'on ne le saura jamais. Mais la suspicion aujourd'hui ne porte plus seulement sur des pontes de l'UCI (Union Cycliste Internationale) qui auraient continuellement protégé L. Armstrong. Elle touche aussi notre ancien Président de la République, qu'on voit décidément partout en ce moment.

 

Je ne sais que penser de tout cela, d'où mon titre en forme de question. Ce qui est sûr, c'est qu'en tant que sport exemplaire, le cyclisme est mort depuis longtemps. Et que celui (Armstrong) qui se justifiait toujours en affirmant qu'il ne voulait pas que le cyclisme soit sali, en a été l'ultime liquidateur.

Publié dans Sport

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JF le démocrate 28/08/2012 18:18


Salut Françoise!


Je te rassure, je n'ai jamais eu l'once du début d'un potentiel pour espérer faire un jour le Tour de France! Mais aujourd'hui, même le cyclisme amateur est touché par le dopage...


Tu fais bien je trouve de parler de "technicité", parce que l'argument classique pour défendre le vélo notamment, c'est de dire que c'est pareil dans tous les sports. Or quand on indique ça, on
ne prend pas du tout en compte l'aspect technique d'un sport. Il y a sûrement du dopage dans lme foot, dans le tennis, etc... Parce que le physique compte de plus en plus et les calendriers sont
de plus en plus chargés.


Mais bon, il ne faut pas se voiler la face, les sports qui y sont le plus exposés sont ceux qui demandent essentiellement de la performance physique et qui sont fortement médiatisés: le 100
mètres... la natation... le vélo... et j'en oublie sûrement. Quand on verra un coureur faire le marathon en moins de 2 heures, on pourra aussi se poser des questions: heureusement ce n'est pas le
cas aujourd'hui. Mais quand il y a pluie de records...

Françoise Boulanger 28/08/2012 09:52


Eh bien ! Grâce à toi on en apprend sur cette affaire ! Magnifique billet.


Mon petit dernier fait beaucoup de vélo puisque c'est son métier (messager à vélo) ; il fait 80 à 100 km par jour.


Mais il fait aussi de la compétition dans une nouvelle discipline : le bike polo. Pas besoin de dopage évidemment, juste de la technique, un fort esprit d'équipe et de l'intelligence. Comme
tes parents en tout cas, je n'aurais pas aimé qu'il fasse le Tour de France...