Hollande "ment-il" ou est-il "fou"?

Publié le par JF le démocrate

Je réponds au tag de l'Hérétique, né apparemment d'une discussion entre lui et Hervé Torchet. Un peu mal à l'aise, parce que si mon premier cheval s'appelle Bayrou, mon cheval de secours c'est quand même Hollande, vu que je n'ai jamais voté et que je ne voterai jamais pour le 3ème cheval... C'est comme ça, il n'y a rien à faire, peut-être un réflexe pavlovien, mais quand je vois un bulletin de vote "Nicolas Sarkozy", je ne peux juste pas... Je n'y arriverai jamais, d'autant plus si aujourd'hui il faut voter en même temps pour "Monsieur Claude".

 

Enfin bon, je l'ai tellement critiqué ce troisième cheval, qu'il est peut-être temps aussi de s'attaquer au second, sachant que pour ce qui concerne le premier, pas la peine d'essayer, ce n'est certainement pas en période électorale que je m'y collerai sauf pour en dire du bien.

 

Le décor étant planté, l'Hérétique et Hervé critiquent bien évidemment sous le bon angle le programme de François Hollande: l'angle économique et les mesures prévues pour redresser financièrement notre pays en faillite (ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est Fillon en 2007).

 

On a tous notre expérience du PS, même si nous sommes depuis 10 ans sous des gouvernements de droite. Mais ce qui est vrai au niveau national, ne l'est évidemment pas au niveau des collectivités territoriales, aujourd'hui "roses" à peu près partout.

 

Le PS a toujours été synonyme de "dépenses" et est-ce là une idée préconçue et fausse? Je ne pense pas... Je crois que le PS est par idéologie, sans doute par clientélisme aussi, profondément dépensier. C'est une culture politique, héritée depuis quelle époque, ça je ne le sais pas. Mais c'est une vraie culture politique que d'être dépensier avec l'argent public et c'est ainsi que le PS est identifié dans notre conscience collective aujourd'hui.

 

La question qui se pose est donc de savoir si F. Hollande sera capable de résister aux pressions de l'appareil socialiste. J. Peyrelevade disait il y a quelques mois, dans une émission TV (désolé, je n'ai pas de lien et je ne me souviens plus laquelle), qu'il y avait très peu de personnalités politiques qui avaient vraiment pris la mesure de notre endettement et de ses conséquences. Et parmi celles-là, il en citait deux en particulier: François Hollande et François Bayrou. Ca m'avait marqué, car à l'époque, c'était plutôt M. Aubry qui était pressentie pour remporter les primaires socialistes.

 

Mais sauf erreur de ma part, c'était avant que Hollande ne donne dans la surenchère dépensière ("je vais recréer 60.000 postes dans l'E.N", sans indiquer comment cette nouvelle dépense serait financée). D'ailleurs, elle doit l'avoir mauvaise aujourd'hui Martine... Hollande a pris après les primaires peu à peu ses distances par rapport au projet initial du parti socialiste, outre le fait de clarifier (elle doit l'avoir vraiment très très mauvaise Martine...) comment il comptait financer ces 60.000 postes dans l'E.N: en vidant les autres administrations, sans plus de détails aujourd'hui à ce que je sache.

 

Tout cela fait clairement un peu "amateur", se situe trop dans l'instantanéité et pas assez dans la projection. Il y a malheureusement trop de dogmatisme et surtout de clientélisme, à défaut hélas de pragmatisme, au PS. Ainsi, ce blocage ridicule sur les retraites... Comment un pays en faillite, pourrait-il revenir en arrière sur la réforme des retraites? Ce blocage, Hollande n'a pas encore su, ou ne veut pas le faire sauter... Il est revenu à des choses plus raisonnables sur le nucléaire, malgré l'accord signé en douce par M. Aubry et C. Duflot - toutes deux apparemment prêtes à revenir au charbon pour produire de l'électricité -, mais il est avant tout un homme de synthèse. Brillant dans ce rôle d'ailleurs, il faut bien le reconnaître, un rôle qu'il connaît bien après avoir officié en tant que Premier Secrétaire du PS.

 

Mais Hollande, s'il est élu, ce qui est probable aujourd'hui, devra faire face à toutes les baronnies que s'est constituées le PS dans notre pays. S'il veut vraiment lutter contre la dette, il devra arbitrer et forcément se faire des ennemis au sein de son propre camp. Au sein de son électorat aussi, qui selon un principe qui m'est devenu cher, celui du "chacun pour sa gueule", en attend toujours plus... Mais pas en termes d'impôts, juste en termes de cash... De ce fait, je suis assez atterré de voir que Hollande prône un développement accru de la décentralisation au profit des collectivités territoriales. Car c'est donner autant de pouvoir à ces baronnies qui ne pensent qu'à une chose, leur réélection future. Des baronnies qui forcément, une fois que l'impôt local sera trop impopulaire, vont se tourner vers l'Etat. J'imagine déjà le discours: "dis François, tu veux me planter ou quoi? Il me faut ce fric ou alors je ne serai jamais réélu".

 

Enfin, il y a un point qui m'est cher. Un écueil qui est à la base de l'échec de la politique économique de Sarkozy en 2007 et un écueil que Hollande et le PS s'obstinent à tout prix aujourd'hui à vouloir de nouveau affronter, comme s'ils pouvaient gagner, sauf à avoir de la chance: cet écueil, c'est le pari sur la croissance. Aussi bien à l'UMP qu'au PS on parie sur la croissance pour résoudre nos problèmes de surendettement. Et ça, c'est clairement suicidaire: ça s'appelle jouer au casino. L'UMP l'a fait en 2007 et l'UMP a perdu ce pari. Parce que la croissance, ça ne se décrète pas, ça peut s'améliorer par rapport à d'autres, mais ça ne va pas se chercher avec les dents comme on a pu le dire, c'est totalement absurde de faire croire ça... Tout programme économique qui repose majoritairement sur des objectifs de croissance est totalement soumis dans son résultat à un environnement économique mondialisé qui ne dépend pas de nous. Jouer sur la croissance, c'est donc vraiment jouer au casino. On n'avait pas averti Sarkozy en 2007 de la possible crise des Sub-primes? Apparemment non... Et aujourd'hui, on veut rejouer???

 

Alors, je suis bien incapable de dire si F. Hollande "ment" ou s'il est "fou". Ce qui est sûr, c'est qu'il est "flou". D'ailleurs si quelqu'un réussit à m'expliquer le financement du "Contrat de génération", je suis preneur... Car à part le discours du Prince qui nous dit que ça se fera sans aucune dépense supplémentaire, je n'y ai personnellement toujours rien compris.

Publié dans Paysage politique

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l'hérétique 11/02/2012 00:13


J'aime bien le terme de baronnies. En effet, il devra leur rendre des comptes...

Hervé Torchet 08/02/2012 09:57


@ Oups


Non, la croissance ne dépend pas chez nous de la demande intérieure, pour la simple raison que nous ne produisons pas (ou plus) ce que nous consommons. Maintenir la demande, c'est relancer la
croissance en Chine ou ailleurs.


Non, la relance Jospin de 1997 n'a pas bien marché, elle s'est appuyée sur deux mécanismes, le premier était une baisse de la TVA d'un point, le deuxième des privatisations massives (jamais vues
ni avant ni depuis) en un an pour compenser les rentrées fiscales en moins. Le tout a donné un peu d'air à la consommation, donc a déséquilibré notre commerce extérieur, tout en ne résolvant pas
le problème de fond, car l'endettement de l'État n'a pas décru, alors même que nous venions de réaliser du capital (privatisations). Financer des dépenses courantes en vendant les bijoux de
famille, chacun sait ce que cela signifie. C'est de mauvaise gestion.


L'allègement prévu de l'IS pour les PME est a priori une bonne idée, sauf que j'attends de voir si la gauche parviendra à hausser le taux d'imposition réelle des grandes entreprises (6,5% si j'ai
bien lu). Car dans le cas contraire, ce sont au moins 10 milliards supplémentaires à trouver pour l'équilibre des finances publiques. Et j'attends aussi l'effet en termes d'accélération des
délocalisations de l'alourdissement de la fiscalité sur les grandes entreprises. Enfin, la baisse des impôts sur les petites entreprises risque de finir comme la TVA sur la restauration : donner
un ballon d'oxygène sans rien résoudre des problèmes de fond, notamment dans l'environnement normatif et social des entreprises. Croire qu'on va rétablir notre tissu productif sans améliorer les
relations sociales dans l'entreprise est une illusion.


Oui, le pouvoir actuel s'est lourdement trompé, mais une partie de ses erreurs sont copiées-collées dans celles du programme de Hollande. Croire qu'on paut améliorer la santé de l'économie sans
prendre des mesures décisives pour supprimer le déficit des comptes publics et sans engager le désendettement de l'État, c'est une autre illusion.

Oups 08/02/2012 09:34


La croissance ne se décrète pas, c'est vrai. Hollande a chiffré son projet sur la croissance prévue pour les 5 ans divisée par deux...au cas ou. Je pense qu'une bonne partie de la croissance de
la France passe par la consommation intérieure. Redonner la confiance, redonner du pouvoir d'achat, de l'emploi va dans ce sens. Il faut recréer un cercle vertueux. Cela a été fait sous Jospin et
quoiqu'on en dise, ça a plutot bien marché. Ne pas perdre de vue que pour financer ses propositions, Hollande fera une grande réforme fiscale, notamment envers les PME, qui je crois, sont bien
plus moteur dans l'économie que les grandes entreprises. Une banque d'investissement régional, réorientation des aides publiques vers les entreprises qui investissent chez nous, relocalisation,
économie verte...etc etc ces mesures me semblent être de bon sens. Un de ses objectifs clairs est le rétablissement de nos finances publiques, des engagements ont été pris avec des échéances
précises. Quand à la France en faillite de Fillon, cela ne l'a pas empéché, a défaut de le remplir, de creuser encore un peu plus le trou (bouclier fiscal, loi TEPA, niche Coppé...). En ce qui
concerne les 60000 emplois dans l'EN, ne croyez vous pas que notre pays et notre région en particulier ne souffre pas dans ce domaine ? 1020 postes supprimés cet année dans le nord. Je suis
écoeuré quand je vois certains députés de la majorité actuelle, venir soutenir dans leurs circonscriptions les enseignants et parents d'élèves alors que ce sont les même qui votent les budgets et
prône la RGPP à Paris.


 

Hervé Torchet 08/02/2012 08:29


Le flou, l'ambiguïté, dont tu parles, c'est le fait qu'il fait dire que les dépenses qu'il annonve seront gagées par autant de coupes, et donc à moyens constants. Le problème, c'est que ce n'est
pas pour maintenir des moyens qu'il faudrait faire des coupes, mais pour les réduire, et qu'il n'augmente pas non plus assez les impôts. Bref, il ne va pas assez loin dans le rétablissement des
finances publiques, en faisant le pari keynésien que le coup de pouce au pouvoir d'achat produira de la croissance, dont les rentrées automatiques gommeront le déficit. Comme tu le dis très
justement, ce pari-là a déjà été fait en 1975, 1981, 1997 et 2007, et ses résultats ont été à chaque fois un peu plus désastreux pour la raison que, comme le dit Bayrou, nous ne produisons plus
ce que nous consommons. Relancer le pouvoir d'achat, c'est relancer la croissance en Chine, en Allemagne, en Belgique, bref, partout sauf en France.

JF le démocrate 08/02/2012 04:01


Non Françoise, désolé, c'était lors d'une émission TV qu'il a dit ça. Peut-être sur BFM, voire LCP mais je n'en suis pas sûr. Alzheimer quand tu nous tiens!