Logement: premier diagnostic

Publié le par JF le démocrate

Je vous l'avais bien dis que j'en reviendrai au problème du logement...

 

Avant de pouvoir élaborer un traitement, il convient comme en toute matière d'établir préalablement un diagnostic. Et ce diagnostic je crois, n'étonnera personne, tant il est déjà connu de tous, mais tant malheureusement il semble - pour le moment du moins -, être royalement éludé par tous nos politiques. Il y a sans doute des raisons à cela, notamment l'impopularité, le sentiment d'injustice que pourrait générer telle ou telle mesure qui pourrait être jugée discriminatoire, puisque ne seraient pas seulement en cause - ou victimes - des fonds spéculatifs, des banquiers ou je ne sais quelle autre institution, mais aussi et bien souvent des particuliers qui ont acheté ou qui louent (dans le sens de préter) des logements "à plein pot", et qui risqueraient de se voir floués financièrement à l'avenir.

 

Pour ce qui concerne le "flouage", il faut savoir que de toute façon ce processus risque d'être purement mécanique. Allez donc voir sur Wikipédia simplement... Allez voir ce que Wikipédia vous dit sur ce qu'est une bulle immobilière. On vous expliquera que le retour à l'équilibre normal des choses est inéluctable, la seule question étant de savoir si elle se fera brutalement - via un krach du marché -, ou plus incidieusement, plus lentement bien sûr. Mais ce retour à l'équilibre du marché est inévitable et qu'il se réalise à un horizon d'un ou deux ans, ou à un horizon de 30 ans, la loi du marché sera toujours implacable. Contrairement à la Bourse, il n'y a pas de véritables outils spéculatifs sur le marché de l'immobilier, mais il y a toujours la loi de l'offre et de la demande. Et celle-ci suffit pour faire prospérer ou décliner un marché.

 

Allez ensuite voir sur  le site de la chambre des notaires de Paris l'évolution des prix à la vente dans les immeubles anciens sur un an de mai 2010 à mai 2011. Peut-être serez-vous stupéfaits. Les prix des transactions ont augmenté de près de 23% à Paris et de près de 14% sur la Région Ile-de-France. Sur un an seulement. Ce qui signifie qu'on est tout simplement très au-dessus des demandes de rentabilité qui sont faites aux entreprises par certains actionnaires cupides et visiblement mal à l'aise avec toute notion de "développement durable"  de ces mêmes entreprises! Bref, on est juste dans du grand n'importe quoi...

 

Plus 23 % en un an, c'est le chiffre à Paris dans l'immobilier ancien. C'est aussi à la fois inoui et totalement irresponsable d'avoir laissé faire, voire encouragé cela, comme l'a fait la politique de N. Sarkozy en incitant les gens à emprunter à des taux très faibles, pour mieux alimenter cette bulle spéculative. Parce que nous sommes en pleine bulle spéculative, et parce que le prix des logements a grosso-modo été multiplié par 2 - voire un peu plus - en 10 ans sur le territoire national (il suffit d'aller chercher les statistiques de l'INSEE et vous verrez...), hormis peut-être dans certaines régions particulièrement sinistrées, où l'augmentation a été plus faible.

 

Maintenant, le mal est fait. Les prix du logement (tant à l'acquisition qu'à la location) sont à leur maximum. Et tout ce qu'il est possible de faire, c'est de retarder le moment où la bulle spéculative éclatera. Mais est-ce un impératif national que de faire en sorte que cette bulle se dégonfle lentement (soit pas durant la durée d'un quinquennat, mais plutôt en 30 ans)? Est-ce un devoir national que de se dire "je vais protéger ceux qui ont acheté récemment contre toute moins-value potentielle, voire protéger ceux qui ont acheté uniquement dans le but de rentabiliser leur investissement par des revenus locatifs?" Est-ce responsable d'imaginer juste un enlisement lent du marché de l'immobilier, quitte à ce que les 5 ou 6 ans qui viennent soient relativement "tranquilles"?

 

Je ne suis pas sûr que cet objectif dérisoire, fruit d'une véritable gangrène économique qui nous ronge, soit à l'avantage de notre pays.

 

Et c'est là qu'on passe à l'aspect "diagnostic", avant de proposer des solutions définitives, qui seront infiniment difficiles à prendre pour tout(e) candidat(e) à l'élection présidentielle de 2012. D'ailleurs, il serait totalement vain et inutile de vouloir éluder cette question particulièrement difficile, puisqu'il y aura toujours quelques "retorts" comme moi pour la poser...

 

Alors, allons-y gaiement sur le diagnostic!

 

1) Un studio de 20 mètres carrés, ça se loue aujourd'hui environ 700 euros mensuels à Paris intra-muros. Avec, mais cela est devenu une habitude, quand il y a location de particulier à particulier, environ 50 personnes qui font la queue pour visiter dès la première heure ledit studio (à 20 mètres carrés, je crois qu'on ne peut pas encore parler d'appartement, malgré les 700 euros de loyer demandés). Le propriétaire n'ayant plus ensuite qu'à faire un choix, entre dossier financier (incluant garanties naturellement) et impression "de visu". C'est comme ça que ça se passe, et tout le monde le sait. Le Smicard ou Smicard +10 voire 20% qui n'a aucune garantie, n'a plus qu'à se diriger vers des foyers logement, puisqu'il n'a aucune chance d'être sélectionné dans ce système, et puisqu'il aura à attendre un an, deux ans, voire trois ans pour obtenir un logement social. Autrement dit, le type est mis "out" dès le départ: c'est simple, il ne peut pas se loger, à moins de s'éloigner d'au moins 50 km de Paris, auquel cas il pourra peut-être trouver quelque chose de nettement moins cher, en plein coeur de la Brie où je ne sais trop où. S'il bosse à Paris, inutile de vous dire comment sa vie va être amusante...

 

2) Un studio de 20 (voire 25 mètres carrés, ce qui est la panacée!) dans une grande ville de Province, ça se loue en moyenne entre 400 et 500 euros par mois, charges incluses. Ce sont par exemple les prix à Lille. Sauf à vouloir se loger dans une banlieue complètement pourrie, auquel cas les prix peuvent diminuer quelque peu.

 

3) On peut se demander, de façon assez idiote, pourquoi tous ces gens qui n'ont pas les moyens veulent à tout prix se loger dans des grandes villes. Ben, parce que c'est là qu'il y a du boulot... "ducon", oserais-je ajouter...

 

4) Une fois qu'un Smicard a déboursé la moitié de ses revenus en logement, sans compter l'électricité, le téléphone (ben oui, on n'est plus à l'âge de pierre), que lui reste t-il pour consommer? Quasiment rien, une fois fait son stock de bouffe chez le pire des hard-discounters, il lui reste quoi, 50 euros mensuels à tout casser?!

 

Du coup, cette idée absurde de relance par la consommation, ça me fait bien rire, vue la situation de nos concitoyens aujourd'hui. Seule une minorité est en mesure de consommer aujourd'hui. Et bien souvent pour cette minorité, quand elle a plus de revenus que ce qu'il lui faut pour simplement vivre, l'idée de l'épargne prend le pas sur celle de la consommation. Tout cela est totalement absurde et plombe notre économie. Et pourtant tout cela est notre quotidien... Et les prix du logement sont clairement une origine de nos problèmes, un problème qui embarrasse tout le monde, mais qui n'en demeure pas moins un énorme problème.

 

Nota: Bien sûr, j'ai omis volontairement de parler des allocations logement, généreusement accordées par la CAF de votre département, c'est à dire in fine par les pouvoirs publics. Sans quoi des millions de personnes ne pourraient ni se loger (bien que les APL ne jouent pas quand il s'agit de trouver un logement...), ni vivre. Tout cela est à mettre à la dette de l'Etat, décentralisation ou non, car ce sont les pouvoirs publics qui payent pour cette aberration que constitue le prix des logements.

Publié dans Société

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JF le démocrate 05/09/2011 00:00



@ Vincent15


Tout à fait exact! Et à +30% au dessus-des prix "normaux", peut-être est-on encore bien en deça de la surévaluation...


Quand finalement tout se "casse la gueule", ça s'appelle la crise des subprimes. N'a t-on rien appris?!



vincent15 03/09/2011 08:19



...l'explosion de LA BULLE, bien entendu



vincent15 03/09/2011 08:18



La question : à qui profite le crime ?


Certes, il y a les propriétaires de terrains qui peuvent les vendre plus cher, il y a les propriétaires qui vendent aujourd'hui qui font des plus-values, mais souvent pour acheter trop cher par
ailleurs, et il  y a ... les banques ! Encore et toujours.


Quand n'importe qui pour se payer un logement potable, est obligé d'emprunter sur 30 ans, il fini par payer deux fois le prix de son bien (donc, si celui-ci est vraiment surévalué de disons 30%,
2,6 fois le prix qu'ils "aurait dû" payer).


Mais bien entendu, si le marché s'éffondre, c'est le contribuable qui devra éponger les dégâts de l'éexplosion de la chute.