Rapport de la Cour des comptes sur la sécurité: les sujets qui font mal

Publié le par JF le démocrate

Au-delà de la fausse colère de C. Guéant, qui lui passera très certainement, je voudrais revenir plus en avant sur le fond du rapport publié par la Cour des comptes: "L'organisation et la gestion des forces de sécurité publique".

 

Car si C. Guéant considère qu'il s'agit d'un rapport outrageusement subjectif, une espèce de pamphlet à simple intention électoraliste, pour le moment je ne l'ai aucunement entendu défendre le bilan sécuritaire de N. Sarkozy depuis que ce dernier est à la tête du Ministère de l'Intérieur - même si ce n'est pas aujourd'hui exactement son rôle -, soit depuis 2002. Est-ce devenu une mode à l'UMP que d'attaquer systématiquement "l'ennemi" ("l'ennemi" étant simplement celui qui ne pense pas comme vous) pour mieux se défendre? Il semblerait bien que oui, même si cette tactique a bien évidemment ses propres limites.

 

Personnellement j'ai lu ce rapport, un peu en diagonale bien sûr, parce que je ne suis qu'un simple citoyen et que je n'ai pas que ça à faire... Mais même cette lecture rapide m'a suffi pour "sauter de ma chaise", lorsque j'ai cru décrypter certains graves travers, depuis la politique sécuritaire mise en place en 2002. Et c'est sur ces questions de fond que j'aimerais que C. Guéant s'exprime, et non pas comme je l'ai déjà indiqué sur les dangers de la primaire socialiste, ou juste de façon colérique envers une institution totalement indépendante, qui constitutionnellement parlant n'a aucun compte à rendre au Gouvernement, mais qui dans sa mission première a le rôle d'informer en toute indépendance nos concitoyens.

 

Alors, voici les points qui m'ont personnellement choqué:

 

1) Cet indice statistique nommé "Etat 4001", qui semble être un agglomérat de tant d'autres indices (la bagatelle de 107 autres index au total), et qui est censé être représentatif de l'évolution de la délinquance en France. Un seul indice pour l'évolution de toute la délinquance en France: voilà ce dont il s'agit. Vol de portefeuille, insulte à agent, braquage de fourgons blindés, agressions de personnes âgées, viols, homicides, on retrouve tout dans cet indice. Tout y est mélangé, mixé au goût du jour, et qui pourrait s'y retrouver dans cet indice unique censé décrire à lui seul l'évolution de la délinquance en France? On marche sur la tête... Comme si la délinquance en France était aussi simple à appréhender. Bien entendu, tout un chacun comprendra que le seul objectif poursuivi par une simplification aussi grande est de montrer une amélioration constante de la lutte contre l'insécurité. Un indice, on le construit en fonction de ce que l'on veut montrer, et C. Guéant apparemment ne veut montrer que ce qu'il a envie de montrer...

 

2) La politique du chiffre mise en place par N. Sarkozy en 2002. S'il est bien un domaine où il est totalement absurde de vouloir mettre en place une politique du chiffre, c'est bien celui de la sécurité nationale. Forcer nos policiers à verbaliser à tout prix, parce qu'il y a des quotas à respecter, c'est juste totalement irresponsable. D'ailleurs, selon le rapport de la Cour des comptes, il semblerait que certains aient trouvé la parade à cette espèce de fuite en avant: les braqueurs, les dealers sont trop durs à attraper, qu'à cela ne tienne, pour respecter les quotas imposés, ce sont les consommateurs de drogue qui sont interpellés!

Une autre déviance liée à la politique du chiffre semble consister pour certains policiers à refuser de prendre en compte des plaintes pour escroquerie financière: ces affaires sont trop difficiles à élucider, alors on ne les prend pas en compte... Et je comprends personnellement les policiers qui font cela: quand on a la pression 24 heures sur 24 par une hiérarchie qui vous demande du chiffre, parce qu'elle doit reporter à une autre hiérarchie qui veut également du chiffre, il est assez naturel d'aller vers cette facilité. Naturel et prévisible. C'est pourquoi cette politique du chiffre constitue la pire des aberrations, parce que n'importe qui en réfléchissant 30 secondes aurait pu prédire les déviances de cette politique sécuritaire totalement inadaptée.

 

3) Les atteintes physiques aux personnes ont fortement augmenté depuis 2002: de plus de 21%. Mais selon C. Guéant, ce n'est qu'un épiphénomène puisqu'elles ne représentent que 13% des actes délictueux. Allez donc expliquer à une grand-mère qui s'est fait balancer dans le caniveau parce qu'une racaille a voulu lui piquer son sac, qu'il ne s'agit que d'un épiphénomène... La sécurité des personnes devrait constituer la priorité numéro 1 dans toute politique qui se veut vraiment "sécuritaire", bien au-delà de celle du "chiffre".

 

4) Les effectifs de la Police Nationale ont le tournis. Considérés en 2003 comme une grande priorité lors de l'adoption de la loi LOPSI, ils ont augmenté jusqu'en 2008-2009 avant de diminuer (pour revenir à leur point de départ) lorsque la crise financière et les exigences de maîtrise budgétaire ont vu le jour. Personne ne l'avait vu venir cette crise pour réagir aussi tard?! Qu'on arrête de nous prendre pour des crétins, sans quoi nous finirons par croire que ce sont des décérébrés profonds qui nous gouvernent...

 

5) Les effectifs des Polices Municipales ont fortement augmenté (+35% en 8 ans) et prennent peu à peu le relais d'une Police Nationale en effectifs décroissants, ou plus simplement d'un ministère qui refuse, contre vents et marées, d'admettre que la délinquance augmente. Pourtant la formation n'est pas la même, loin de là... Mais le budget n'est plus à la charge de l'Etat UMP, mais des municipalités essentiellement PS. Pour le simple citoyen que je suis, cette situation politicienne du "je te refourgue la patate chaude" est juste lamentable et totalement irresponsable.

 

6) Enfin, la vidéo-surveillance est critiquée de par son utilité réduite dans ce rapport. Même si je sais pertinemment - c'est juste une question de bon sens - que jamais une caméra ne remplacera un "flic", je ne suis pas suffisamment expert en ce domaine pour me prononcer. Mais la Cour des comptes l'a fait, et sans doute pas par simple volonté de nuisance.

 

C'est sur l'ensemble de ces points que je souhaiterais que C. Guéant, voire mieux N. Sarkozy, acceptent (enfin) de répondre. Car l'attitude de C. Guéant aujourd'hui, ainsi que d'une partie (une partie seulement) des députés UMP, donne juste à penser que certains sont dans de sales draps pour avoir soutenu du grand n'importe quoi...

Publié dans Paysage politique

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