Sarkozy veut récupérer le Tour de France, mais que récupèrera t-il?

Publié le par JF le démocrate

Les cyclistes français qui ont participé au Tour de France seront reçus demain soir à l'Elysée, et j'imagine grandement félicités par notre Président de la République.

 

On a déjà connu ça du temps de Chirac avec le foot, aujourd'hui c'est Sarkozy avec le cyclisme. Ca s'appelle de la récupération en grande pompe, mais ce n'est toujours que de la récupération. Il est fort à parier que s'il n'y avait pas eu selon les dires de G. Holtz, quasiment tous les jours 7 à 8 millions de téléspectateurs, il n'y aurait pas une telle récupération, où alors elle se serait faite plus discrète. Mais là, c'est bon, on peut lâcher les chevaux!

 

Personnellement, j'ai pu suivre - quasiment en entier -, l'étape qui s'est déroulée hier, celle qui amenait les coureurs de Modane à l'Alpe d'Huez. Et comment dire, j'ai été littéralement effaré par la mise en scène médiatique autour de cette étape.

 

1) T. Voeckler a fait un grand Tour de France, va finir quatrième au classement général, ce qui est mérité du fait de son courage et de sa pugnacité. Maintenant, on peut quand même s'interroger sur l'influence des médias sur le destin de ce coureur dans le Tour de France cette année. Chaque jour en effet, on a voulu faire croire qu'il était en mesure de gagner le Tour. Des spécialistes avaient bien averti pourtant qu'il ne possédait pas les qualités requises en haute montagne pour gagner le Tour de France (B. Hinault, L. Jalabert, ...). Mais ce n'est pas ça qui a arrêté T. Adam, G. Holtz et plus généralement le service des sports de France Télévision: quand il y a de l'audimat à trouver, on est prêt à faire n'importe quoi...

 

Alors le pauvre T. Voeckler, il semble bien que hier il ait craqué totalement. Tactiquement: nul. Il n'y a pas d'autre mot, il s'est enflammé comme un cadet, visiblement même pas bridé par son directeur sportif. Il fallait du spectacle et on en a eu! T. Voeckler démarrant à quoi, à 40 km/h?, dans le col du télégraphe pour aller rejoindre d'authentiques grimpeurs, qui sont juste les meilleurs au monde.

 

Au bout de 20 km, n'importe qui qui a déjà fait du vélo pouvait se rendre compte que T. Voeckler était déjà totalement cuit, fini. Il n'y avait qu'à voir son visage pour se rendre compte qu'il s'était irrémédiablement "mis dans le rouge", que ses muscles n'étaient désormais plus remplis que d'acide lactique. Un Fignon hélas regretté aurait dit ce qu'il en pensait. Un Jalabert, pourtant généralement très franc, ne s'est contenté que d'émettre quelques doutes. Quant à T. Adam, le présentateur cycliste de France-Télévision, il a juste voulu assurer le spectacle... Parce qu'il s'agit bien d'un spectacle aujourd'hui le Tour de France. Un spectacle de chutes, de blessures, de défaillances, d'espoir et de désespoir.

 

Et le grand tour de force de T. Adam aura été de nous faire croire, jusqu'au pied de l'Alpe d'Huez, que T. Voeckler pouvait encore gagner le Tour de France, malgré cette faute tactique irréparable initiée quasiment dès le départ de l'étape.

 

Je pense qu'en courant intelligemment, T. Voeckler aurait pu finir au moins sur le podium. Mais la pression médiatique a été trop forte, au risque de voir un cycliste qui n'est pourtant pas un tout jeune (32 ans), qui a d'habitude les pieds bien sur terre, se griller lamentablement, tout ça probablement parce qu'on n'avait pas arrêté de lui dire qu'il pouvait gagner. Ce qui est juste ridicule dans l'absolu.

 

2) J'ai sursauté de mon canapé, lorsque dans la montée de l'Alpe d'Huez, T. Adam s'est (comme d'habitude) enflammé - mais bon remarquez il est payé pour ça - en indiquant qu'il s'agissait d'une montée incroyablement rapide, aussitôt repris par L. Jalabert qui a dit - en gros, dans une bourde tout juste énorme - qu'il ne fallait pas s'exprimer comme ça, parce que des scientifiques (les ennemis apparemment...) allaient scruter cette montée.

 

Je fais partie de ces scientifiques "ennemis" de L. Jalabert. Et d'ailleurs, je voudrais dire à un type comme L. Jalabert qu'il n'y a même pas besoin d'être un vrai scientifique pour calculer la puissance développée par les cyclistes lors d'une montée telle que celle de l'Alpe d'Huez, dont tous les pourcentages sont parfaitement connus. Un niveau de Terminale S est bien suffisant dans ce cas; il suffit juste de connaître les pourcentages, les temps de passage (avec la télé, c'est facile), le poids du vélo (6,8 kg en général) et celui du coureur. Et après cela, le calcul devient très simple à effectuer, car en montagne quand il y a des forts pourcentages, la force aérodynamique (ce qu'on appelle dans le jargon la trainée ou "résistance de l'air") devient négligeable devant la force nécessaire pour vaincre la pente.

 

Il est dès lors très facile de calculer la puissance développée par un coureur lors d'une telle montée. Dans la montée de l'Alpe d'Huez, avec un simple tableur et deux ou trois formules toutes faites, vous pouvez facilement déterminer la puissance développée kilomètre par kilomètre...

 

C'est ce qui gêne d'ailleurs beaucoup certains cyclistes, qu'on puisse ainsi calculer facilement la puissance développée en montagne. C'est ce qui gêne visiblement L. Jalabert, lui qui a réalisé ses plus grands exploits du temps où le dopage généralisé et organisé était de mise dans le sport cycliste. Aurait-il peur que certains "scientifiques" se penchent sur ses performances passées, lui qui n'a toujours tourné qu'à l'eau minérale?

 

Tout ça parce que d'autres experts scientifiques ont unanimement estimé qu'une puissance de plus de 400 W ne pouvait être développée par un être humain "normal" durant plus de quelques minutes. Et forcément se sont inquiétés de voir qu'à une certaine époque, l'intégralité de la montée de l'Alpe d'Huez se faisait à plus de 400 watts, et ce par plusieurs coureurs...

 

Marco Pantani, qui détient le record de la montée la plus rapide de l'Alpe d'Huez est mort à l'âge de 34 ans, après avoir succombé à une overdose de cocaïne. Cela faisait plusieurs années qu'il était mis en cause dans des affaires de dopage, et il est mort seul dans une chambre d'hôtel après avoir été lynché littéralement par les médias...

 

Est-ce cela que L. Jalabert, T. Adam, G. Holtz, ou plus généralement le service des sports de France Télévision veulent à tout prix nous vendre, parce que "business is business and show must go on"? En attendant, je me demande bien ce que N. Sarkozy va récupérer demain soir... Même s'il faut le reconnaître, cette année, les performances ont été moins impressionnantes visuellement - moins inquiétantes en apparence, même s'il faudrait regarder les fameuses données concernant la montée vers l'Alpe d'Huez - que durant d'autres années passées. Ce qui prouve qu'il faut continuer à étudier la puissance développée par les coureurs dans les montées archi-connues telles que l'Alpe d'Huez. N'en déplaise à L. Jalabert.

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